Passe-muraille - Sinogramme Nicolas Sarkozy  尼古拉•薩科齊 - D.Bastard - 5/7 été
Passe-muraille - Sinogramme Nicolas Sarkozy 尼古拉•薩科齊 - D.Bastard - 5/7 été © Radio France

Nicolas Sarkozy. En chinois, « Nígǔlā Sàkēqí » (尼古拉·薩科齊).

Pour traduire les noms étrangers en chinois, on cherche généralement des caractères dont la prononciation en mandarin rappelle celle du son recherché. Et voilà comment Sarkozy devient en chinois « Sàkēqí » (薩科齊). Trois caractères qui, bien sûr, ont un sens propre.

Le premier, « sà » (薩), est composé en haut des deux brins d’herbe du signe des végétaux, de la nature. Avec à gauche, une sorte de B majuscule qui représentait à l’origine deux petites collines - c’est le signe du tertre, un petit monticule de terre qui indiquait dans la Chine antique l’emplacement des tombeaux. Et à droite, on a le signe « chǎn » (産), c’est-à-dire le dessin d’une jeune pousse - la vie -, protégée sous un abri. C’est l’idée d’un enfantement, d’une mise au monde. Et c’est donc le cycle entier de la vie et de la mort dans la nature qui est exprimé dans ce caractère « sà », utilisé essentiellement pour retranscrire les noms étrangers, mais qui désignait à l’origine les divinités bouddhiques en général.

Le deuxième caractère du nom « Sàkēqí », c’est « kē » (科). Il combine le signe des céréales à gauche, matérialisé par le dessin d’un épi, au pictogramme de la louche sur la droite. C’est l’idée d’une certains mesure, car on mesure la dose de grains avec la louche. Et, par extension, il désigne une discipline, voire une science.

Quant au troisième caractère, « qí », (齊), il vient du dessin de trois épis de blé serrés, au même niveau, qui donnent l’idée d’un tout composé d’éléments identiques. D’où son sens – régulier, ordonné, égal. Ce qui, au final, fait donc de « Sàkēqí » l’homme dont la science est égale à celle des divinités bouddhiques.

Le problème, c’est que ces trois caractères, c’est la traduction officielle. Et assez vite, avec l’apparition du nouveau président français dans les médias chinois, une traduction alternative s’est imposée. Les deux premiers caractères restent les mêmes. Mais le troisième est remplacé par un autre sinogramme, prononcé lui aussi « qí » (奇). Ça part plutôt bien, puisqu’il est composé en haut du pictogramme de la grandeur – un bonhomme qui écarte les bras. Mais en dessous, on trouve un signe qui exprime l’idée une certaine opposition, d’un contraire. À la base, ce sinogramme désigne donc le contraire de tout ce qui est grand. C’est en sorte tout ce qui est petit.

Le dictionnaire est formel : ce caractère, « qí » (奇), c’est tout ce qui est impair, bizarre, étrange, inhabituel, inattendu. Et c’est apparemment ce qui est venu à l’esprit des commentateurs chinois quand, en 2007, ils ont vu débarquer ce nouveau président français et son style unique.

Les choses sont aujourd’hui rentrées dans l’ordre, mais il est vrai que ça n’avait pas très bien commencé entre le président Sarkozy et la Chine. La diplomatie du coup d’éclat, ce n’était pas vraiment du goût des Chinois, surtout quand on leur fait perdre la face – le truc à ne pas faire. Celui qui l’avait apparemment compris, c’était le prédécesseur de Nicolas Sarkozy, « Yǎkè Xīlākè » (雅克·希拉克), Jacques Chirac, énorme star pour le Chinois de la rue. Dans la transcription de son nom en sinogrammes, on retrouve les caractères de l’élégance (雅), de l’espoir (希), de l’attirance (拉) ou de la victoire (克).

Nicolas Sarkozy, lui, doit se contenter d’un nom moins glorieux. Et surtout, sur les forums Internet, des petits malins le désignent sous trois autres sinogrammes, prononcés « shǎkěqì » (傻可气) - « shǎ » (傻), stupide, et « kěqì » (可气), une expression qui permet de désigner à la fois quelqu’un qui s’énerve tout le temps et quelque chose qui énerve tout le monde. Bref, un idiot exaspérant. Si c’est pas malheureux.

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