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Vélo : en chinois « zìxíngchē » (自行車). Le dernier caractère, « chē » (車), c’est le véhicule en général. A l’origine, le caractère représentait un chariot vu d’en haut - c’est-à-dire un rectangle au centre, avec deux traits horizontaux en haut et en bas, pour matérialiser les roues. Le tout relié par un trait vertical, comme un essieu.

Le second caractère, « xíng » (行), a le sens de marcher, de se mouvoir, de voyager. C’est en fait le dessin de ce que l’on voit lorsque l’on regarde ses pieds quand on marche : à droite, on a une sorte de « T » majuscule qui représente le pied droit, avec un petit coup de pinceau horizontal au dessus pour les orteils. Et sur la gauche du caractère, on a logiquement le pied gauche, c’est-à-dire un signe symétrique. Mais, cette fois, les traits horizontaux sont remplacés par des obliques qui partent vers le haut, ou vers l’avant. Comme si ce pied gauche était en mouvement, comme si l’homme qui regarde ses pieds était sur le point de faire un pas en avant avec sa jambe gauche. Et voilà comment on suggère en chinois l’idée de se mouvoir.

Le premier sinogramme du mot vélo, c’est « zì » (自), c’est-à-dire soi-même. A l’origine, le caractère serait l’image d’un enfant qui pointerait le bout de son nez avec son doigt, comme on le fait souvent en Asie pour se désigner soi-même.__

Et voilà comment s’est construit le mot « vélo » en chinois : « zìxíngchē », le véhicule qui avance par soi-même. Enfin, c’est l’une des traductions possibles. Parce que lorsqu’ils ont découvert cette étrange machine venue d’Occident, au 19ème siècle, les Chinois manquaient désespérément de vocabulaire. Alors l’engin s’est d’abord simplement appelé « weilouxibeida », soit « vélocipède », prononcé à la Chinoise. On l’appelle aussi « dānchē » (单车), littéralement le « véhicule seul ». Ou encore « tiěmǎ » (铁马), le « cheval de fer ».

A Taiwan, dans les années 50, pour désigner le vélo, le gouvernement de Tchang Kaï-Chek impose une vieille appellation, « jiǎotàchē » (腳踏車) – littéralement le « véhicule à pédale », histoire de se démarquer de l’appellation choisie par Pékin.

Car le nouveau gouvernement communiste veut faire de la bicyclette le vecteur chéri de la révolution prolétarienne. Et ce n’est sans doute pas un hasard si la traduction retenue est « zìxíngchē », le véhicule qui avance par soi-même – comme une métaphore de cette nouvelle Chine de 1949 débarrassée des impérialistes étrangers, et qui entend désormais se développer par elle-même. Le pays est donc officiellement sacré « zìxíngchē wángguó » (自行車王國), le royaume de la bicyclette, symbole du nouvel égalitarisme… La production va être multipliée par dix en dix ans.

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