mort
mort © Radio France

En chinois, « sǐ » (死). Le caractère est composé dans sa partie droite, du signe de l’être humain, « rén » (人), soit un trait qui part d’en haut et se divise en deux, comme deux jambes. Mais dans le caractère de la mort, « sǐ », ce signe est dessiné à l’envers (匕). Une métaphore limpide de la mort telle qu’elle est envisagée en chinois. Car on ne meurt jamais vraiment. Eh oui, après le trépas, on est toujours soi-même - simplement dans on est un autre état, dans une autre nature, dans une autre condition.

Ce signe est accompagné d’un autre, à sa gauche, un peu moins engageant, c’est « dǎi » (歹), un pictogramme qui évoque tout ce qui est mauvais, ce qui est vicieux, ce qui est mal. La mort n’a beau n’être qu’un passage vers un autre état, dans la pensée chinoise aussi, ce n’est tout de même pas ce qu’il y a de plus positif.

Pourtant, en haut du sinogramme, on a un trait vertical, avec en dessous le dessin d’un croissant de lune, qui symbolise la notion générale de crépuscule, prononcée « xī » (夕). Le fait qu’il soit sous un trait, sous une ligne d’horizon, implique donc que l’on est au-delà du crépuscule de sa vie. Là encore, le crépuscule n’exprime qu’un passage, un flux - la nuit annonce forcément un nouveau jour. Et inversement. La vie, la mort, tout cela n’est au final qu’une seule et même chose. « J’ai soin de bien vivre afin de bien mourir », disait le sage Zhuangzi, au 4ème siècle avant notre ère.

Selon lui, le « maître Zhuang », les hommes n’ont aucune raison d’être intimidés par la mort, puisqu’elle est inévitable. Comme ils n’ont pas à surévaluer la vie, puisque essayer de la conserver est futile. « Mort et vie sont les alternances du destin, explique-t-il, et comme on n’en peut connaître la source, à quoi bon les laisser troubler notre paix. »

Mais s’il est inutile de chercher un sens à la vie et la mort, il reste le « dào » (道) – ou le « tao », en français. A l’origine, le caractère du dào allie le signe de la tête, du chef (首) à celui de la marche (辶). C’est le chemin, la voie. Mais pour les taoïstes, c’est bien plus que cela. C’est l’ordre naturel des choses, ce qui anime toute existence.

Les sages taoïstes partaient vivre en ermite dans les montagnes pour se rapprocher du « dào ». D’ailleurs, le caractère « xiān » (仙), qui désigne l’immortel, celui qui ne meurt plus, est justement composé du signe d’un homme et de celui d’une montagne. Comme si le sage dans la montagne, par sa méditation, par l’attention extrême qu’il porte au « dào », atteignait une plénitude telle qu’il serait au-delà de la vie et de la mort.

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