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« Immobilier », en chinois « fángchǎn » (房產). Le dernier caractère, « chǎn » (產), comporte, à l’origine, dans sa partie inférieure le signe de la vie, du vivant, prononcé « shēng » (生). Et pour dessiner le vivant, en chinois, on passe par la métaphore - inspirée en l’occurrence de la nature. Il s’agit du dessin d’une jeune pousse qui éclot au printemps. Une ligne horizontale au bas de l’idéogramme, comme le sol, un trait vertical, qui s’en extrait, comme une tige. Une tige traversée de deux autres lignes horizontales, comme des ramifications. Et, au bout de l’une d’elle, un petit coup de pinceau qui évoque un bourgeon à peine naissant. Et voilà la vie.

On dessine un abri au-dessus de ce signe, et on obtient l’idée d’un enfantement, d’un accouchement. Mais petit à petit, au fil de l’histoire, ce caractère « chǎn » va prendre un sens beaucoup plus matériel. Car enfanter, c’est produire… Et « chǎn » (產 dans sa version traditionnelle, 产 dans sa forme simplifiée) va progressivement désigner la production, les biens et, par extension, la propriété.

Le premier caractère de l’immobilier, c’est la maison - en chinois « fáng » (房). En haut de ce caractère, on trouve la représentation d’une porte (户), dont on devine le battant dans un trait vertical qui tombe sur la gauche. Avec, à l’intérieur de cette porte, le signe du carré, « fāng » (方).

Mais le Chinois ne va pas bêtement dessiner un carré pour représenter l’idée d’un carré, ce serait tellement convenu. Le signe du carré est élaboré à partir de l’image d’une croix gammée (卐). Avec tous ses angles droits et ses belles régularités géométriques, le vieux signe du swastika est parfait pour évoquer l’idée d’un carré - et, par extension, pour désigner une maison à l’architecture savamment équilibrée.

Ce qui nous donne au final le diptyque « maison » et « propriété ». Bref, l’immobilier. Un mot très moderne formé à partir de deux caractères très anciens.

Avec le développement du pays, l’immobilier a fait l’objet d’investissements monstres durant la décennie écoulée. Aujourd’hui, dans chaque ville de Chine se dresse une forêt de grues… Au point que les autorités ont dû prendre des mesures restrictives l’année dernière, pour éviter la surchauffe et dégonfler un peu cette bulle immobilière.

Mais dans les grandes villes, le prix de l’immobilier augmente toujours en flèche. Et un nouveau mot a fait irruption dans la presse chinoise ces derniers temps, c’est « fāng » (房 ) – littéralement l’esclave du logement. C’est-à-dire des représentants de la classe moyenne qui doivent sacrifier jusqu’à la moitié de leur salaire dans des loyers ou des crédits exorbitants.

Les promoteurs immobiliers, eux, pour mener à bien leurs beaux projets, doivent généralement expulser les anciens habitants d’une zone – « moyennant dédommagement » selon la loi. Sauf que les habitants peuvent tout à fait refuser le deal proposé… Du coup, on se retrouve avec ce qu’on appelle les « dīngzihù » (钉子户) – littéralement les maisons-clous - des situations où les promoteurs creusent un énorme trou sur le site de leur projet, tout autour d’une seule maison récalcitrante, qui reste là, seule, dressée sur un mince monticule de terre, comme un clou.

Mais parfois, ces promoteurs, plus ou moins véreux, finissent par taper sur le clou à coups de marteau… Il y a quelques mois, un internaute chinois s’est amusé à créer une xuèfángdìtú (血房地图), une carte du sang de l’immobilier… Sur une carte de google-map, il a indiqué tous les incidents violents liés à ces expropriations avec de petites icônes – un volcan pour des clashes avec la police, un lit d’hôpital lorsqu’il y a eu mort d’homme, des flammes lorsque les habitants se sont immolés par le feu, etc. Les détails ci-dessous : http://maps.google.com/maps/ms?ie=UTF8&oe=UTF8&msa=0&msid=111560301092049321699.0004921f02f43f6c4f07e

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