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Nation, en chinois, « mínzú » (民族). Le premier caractère « mín » (民), c’est le peuple. Il est dérivé d’un sinogramme « shì » (氏) qui évoque la famille à travers le dessin d’une fleur de lotus qui croît et se ramifie comme une famille ou un peuple.

Le second idéogramme, « zú » (族), c’est le clan. En bas à droite, on remarque le signe de la flèche (矢). Une flèche, tournée vers le haut, parce que pour défendre son clan, il faut des armes. Mais il se trouve que cette flèche est recouverte d’un trait horizontal, qui laisse supposer qu’au sein de son clan, on doit entretenir une certaine cohésion : on range gentiment ses flèches dans leur carquois et on respecte les règles de la bienséance.

D’ailleurs, dans la partie gauche du caractère « zú », le clan, on retrouve le signe du carré, « fāng » (方), un dérivé d’une croix gammée. Le signe du swastika (卐), c’est le symbole d’une belle harmonie géométrique. Il évoque donc cette idée d’une règle, qu’il faut respecter pour vivre en société, au sein de son clan. En même temps, le mouvement de rotation suggéré par la croix gammée indique aussi l’idée d’une « roue de la vie », comme dirait un bouddhiste. C’est-à-dire une certaine pérennité du clan. __

Et en associant ce caractère « zú » (族), le clan, à celui du peuple, « mín » (民), on obtient la nation, « mínzú » (民族). Mais c’est là que tout se complique. Parce que « mínzú » désigne aussi bien la nation, tirée du droit du sol, que ce qu’on appelle la nationalité, ou l’ethnie, défini par une langue, une culture et des traditions qui lui sont propres. Officiellement, la République populaire en reconnaît 56. Ce qui veut dire que la nation chinoise, la « mínzú » chinoise, est composée de 56 « mínzú ». Cette confusion entre les deux concepts permet de comprendre une partie de la problématique des minorités ethniques en Chine. Parce qu’une ethnie à elle seule regroupe 92% de la population chinoise : ce sont les Hans – ils tirent leur nom d’une vieille dynastie.

Dans l’histoire, les Hans ont toujours vécu en plus ou moins bonne harmonie avec les autres peuples. Il y a eu des guerres, des alliances, des contre-alliances. L’empire de Chine s’est adapté, il s’est nourri de cette diversité - une dynastie chinoise a été mongole, une autre était mandchoue, bref,__ l’histoire.

Aujourd’hui, la Constitution de l’actuelle République populaire la définit comme un Etat multiethnique. L’appartenance ethnique est inscrite sur la carte d’identité de chaque Chinois et, lorsque l’on appartient à l’une des 55 minorités, on a droit à plusieurs avantages : pas de politique de l’enfant unique, des points en plus au bac ou des quotas d’emplois dans l’administration et l’armée. Et dans les régions dites autonomes, comme au Tibet, ou en Mongolie intérieure, le gouverneur doit être tibétain, ou mongol.

Le problème, c’est que le secrétaire local du Parti communiste, lui, est toujours un Han. C’est lui qui détient la réalité du pouvoir. Même si les minorités bénéficient elles aussi du développement du pays, cette ambivalence autour de l’idée de nation permet de comprendre un peu mieux pourquoi on finit par se révolter au Tibet, au Xinjiang ou, comme c’est le cas ces dernières semaines, en Mongolie intérieure. Eh pourquoi Pékin, en face, reste toujours droit dans ses bottes.

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