Ils cherchent le grand frisson, à battre des records, à prouver au monde que rien ne leur est impossible, à faire progresser la recherche scientifique ou tout simplement à vivre autrement. Dans « Passeport pour l’aventure », Christophe Artous donne la parole aux aventuriers pour qu’ils racontent leurs exploits.

Maud Fontenoy en 2008
Maud Fontenoy en 2008 © Getty / Tony Barson Archive

Elle n'est pas une débutante lorsqu'elle tente en 2007 le Tour du monde à la voile à contre-courant en solitaire et sans assistance. Elle a déjà traversé l'Atlantique Nord et le Pacifique à la rame. Mais ce tour du monde de 5 mois qui part de l'Île de la Réunion en passant par les redoutables cap de Bonne Espérance, cap Horn et cap Leeuwin lui réserve de nombreuses surprises.

J'ai fait des stages de survie. J'avais appris à m'arracher des dents, à me recoudre, à être abandonnée dans un canot de sauvetage en pleine mer.

"Mais ensuite, il y a des choses que vous n'avez pas prévu : moi, pour le coup, j'étais presque à la veille d'arriver. Et une tempête de plus, le mât a cédé. Trente-deux mètres de mât qui viennent s'écraser sur l'endroit où j'étais en train de barrer. J'ai juste le temps de me coucher au sol. Je tremble, j'ai une peur bleue. Il y a des débris de carbone partout."

"Tout bascule d'un côté du bateau. Le bateau penche presque à chavirer. Et je me retrouve sur une épave à la dérive dans une tempête qui se termine et je me dit que ce n'est pas possible : 'Ça fait quatre mois et demi que j'en bave, ça fait quatre mois et demi que je n'en peux plus, que j'ai vécu les pires dépressions, les uns après les autres et les tempêtes les unes après les autres. Et là, le démâtage en plus. Là je ne vois pas comment réparer. Là, je vais devoir abandonner.'"

Après s'être relevée, la navigatrice a décidé de couper les cordages et les voiles afin de libérer le bateau. Après une journée à faire ce type de travaux, elle se lance dans la fabrication d'une mini-voile et d'un mât de fortune pour repartir.

Cela a été une semaine de combat contre moi-même physiquement pour monter ce mât de fortune. Je crois que la joie a été à la hauteur de la souffrance.

"Quand on vit en dormant par tranches d'une heure, une heure et demi maximum, dans des mers toujours déchaînées, en ayant tout le temps froid, au milieu des icebergs, en ayant mal partout, dans un combat permanent même pour se nourrir, quand tout cela est devenu une peur au ventre... Parce qu'après le démâtage, il y a eu des cyclones qui venaient sur ma zone, j'étais très en retard dans la saison... Quand tu vois la terre, tu te dis que c'est fini, ça veut dire qu'enfin, je vais pouvoir respirer. Enfin quelqu'un d'autre va veiller sur moi. Finalement, le plus beau au retour, c'est de pouvoir serrer quelqu'un dans ses bras, de pouvoir retrouver ses proches.

Ce qui vous manque le plus, ce sont les autres. 

"J'ai cru chaque seconde que j'allais peut-être tomber du bateau, mourir là toute seule dans ces mers hostiles et jamais revoir mon entourage. Ça ne valait pas le coup. J'ai fait des enfants, et maintenant je repars naviguer dans des conditions plus agréables et surtout dans des traversées de l'Atlantique qui n'ont rien à voir avec ce que j'ai vécu."

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