C’est l’un des concepts favoris de l’arsenal critique. Gare à ceux, aujourd’hui, qui n’obtiennent pas le label “moderne”.

Devenue une auberge espagnole, la modernité naît officiellement en 1953 avec Voyage en Italie de Roberto Rosselini et en France avec Bresson puis l’émergence de la Nouvelle Vague à la fin des années 1950. Moment de rupture radicale d’avec le cinéma classique, elle désigne moins une période historique, qu’un rapport au monde entre celui-ci, les personnages et le spectateur.

La modernité ouvre ainsi la voie d’un cinéma dans lequel les évènements ont perdu leur signification, où les actions des personnages perdent en motivation ce qu’elles gagnent en opacité. Les petites histoires et la captation du “réel” se substituent aux grands récits, la banalité à l’exemplaire, et l’arbitraire au raisonnable. La mise en scène, et donc l’auteur, s’affirme pour elle-même et n’hésite pas à exhiber ses procédés. Conséquence de la seconde guerre mondiale et de ses atrocités, l’innocence s’est perdue : comme l’écrivit Gilles Deleuze, “le fait moderne, c’est que nous ne croyons plus en ce monde (…). C’est le lien de l’homme et du monde qui se trouve rompu”.

On l’aura compris, ce « fait moderne » désigne à la fois une période historique précise et datée, mais aussi et peut-être surtout une approche esthétique, un rapport au monde (la modernité) qui, s’il fait incontestablement sens dans le cas du cinéma européen, ne cesse d’être problématique dès lors qu’on tente de le transposer dans le cadre du cinéma américain. Pour le dire autrement, si le cinéma américain a été moderne, l’a-t-il été au sens où on l’entend en Europe ?

Y a-t-il eu une modernité spécifiquement américaine qui ne doit rien ou peu à celle qui secouèrent les cinémas italiens et français ? Comment placer les premiers films noirs de Jules Dassin et de Robert Aldrich, le cinéma underground newyorkais de Shirley Clarke ou de Lionel Rogosin, les films de John Cassavetes et de Monte Hellman et puis celui dont on a dit qu’il avait été le premier des cinéastes modernes, un américain du nom d’Orson Welles, sur l’échelle de la modernité au cinéma ?

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