Nous ne vieillirons pas ensemble
Nous ne vieillirons pas ensemble © radio-france

Il a révélé Sandrine Bonnaire en 1983, il a su dompter Gérard Depardieu au point d'en faire son alter ego au cinéma. Il a réalisé le plus beau fim jamais tourné sur la crise d'un couple, et ce film largement autobiographique s'appelle "Nous ne vieillirons pas ensemble". Il s'est tenu à bonne distance de ses amis ou non de La Nouvelle Vague et a su faire converser le cinéma populaire avec une forme de radicalité.

Enfin, et plus superficiellement, il était connu pour ses colères homériques, son caractère de cochon et ses airs de barbu atrabilaire.

"En France, on aime Maurice Pialat, on le considère même à l'égal des plus grands" écrit Antoine de Baecque. Mais l'interprétation de ses films, de son oeuvre et même de sa vie bute encore sur une forme d'empêchement. Comment parler de l'évidence d'un cinéma dont la première des beautés n'est pas d'être fabriquée, imaginée, pensée, mais d'être authentique et vraie, tout simplement.

Dix ans après sa mort, l'influence de Pialat sur le cinéma français n'a jamais semblé aussi forte. Et nombreux sont les cinéastes, d'Abdellatif Kechiche à Xavier Gianolli, qui se réclament de lui.

Pourquoi des dix films que Pialat a réalisé entre 69 et 95, tous ou presque, sont devenus des classiques ?

L'instant BO du jour : "Itdon't worrying me", Keith Carradine

Keith Carradine, "Nashville", 1975
Keith Carradine, "Nashville", 1975 ©

Voici l'un des nombreux titres qui ponctuent les chefs d'oeuvre de Robert Altman. "Nashville" réalisé en 1975 au moment où l'Amérique a le moral politique à zéro et une gueule de bois qui s'appelle le Watergate, le Vietnam et une crise de confiance qui durera jusqu'au début des années 80.

Altman, qui vient de réaliser "Nous sommes tous des voleurs" et "California Split" pose ses caméras à Nashville, le temple de la Country Music et signe une fresque élégiaque et satirique, à la lisière du documentaire où s'entrecroisent 24 personnages en quête de célébrité: krooner vieillissant, fan nymphomane, agent crapuleux, politicien, serveuse, arriviste de tout poil, soit l'Amérique filmée comme un patchwork monstre entre Karnes et Nirvana.

Fils de l'acteur John Carradine et frère de David, le fameux moine shaolin de la série "Kung Fu", Keith Carradine interprète ici une chanson folk qu'il a composé et qui sera reprise à la toute fin du film par Barbara Harris devant le Parthénon de Nashville afin de calmer la foule sonnée par un assassinat.

Rencontre avec... Bertrand Tavernier:

Bertrand Tavernier
Bertrand Tavernier © Ecriture

Dans son livre "Le Cinéma dans le sang", le long et passionnant entretien que vous avez donné à Noel Simsolo il y a un an, on perçoit bien son tempérament de cinéphile insatiable. On l'y entend le répéter souvent : il a toujours voulu "voir tous les films"! Et ce fantasme d'incorporation ne s'arrête pas là: il précise qu'il a non seulement voulu tout voir, mais qu'il aime aussi revoir les films pour, comme il l'explique, "vérifier vos souvenirs et vos sensations"...

Cela aurait pu être la passion un peu autiste d'une vie de critique ou d'historien du cinéma multidirectionnel, qui ne pourrait pas se contenter de creuser toujours le même sillon. Sa filmographie se déploie tout azimut: quelques documentaires et beaucoup de fictions, lesquelles changent sans cesse de registre - "L'Horloger de Saint-Paul", "Que la fête commence", "La Mort en direct", "L627", "Ma Princesse de Montpensier"... Pour ne citer que quelques films. Au désir de tout voir, répond celui de tout essayer, les genres et les formules.

Aucun doute, c'est un cinéaste bien français (malgré quelques films américains : "Mississippi blues" ou "Dans la brume électrique") mais il y a quelque chose de peu français dans sa manière d'aborder le cinéma comme totalité indivisible. En France, les cinéphiles et les critiques aiment bien se diviser en factions et les cinéastes en bande adverse. Or, ce qu'il y a de touchant dans la voracité de sa passion pour le cinéma réside sans doute dans l'envie de franchir toutes les frontières, comme si l'on pouvait réunir tout le monde. Seuls s'opposent les bons et les mauvais films, peu importe d'où ils viennent. Tel serait son fantasme: le cinéma doit être un, territoire sans frontière instituée, qu'il faut aimer en bloc...

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