Il fut une époque, à moins qu'on ait rêvé, où le nom de Clint Eastwood ne provoquait au mieux, qu'un mépris amusé, au pire, la haine vivace des libéraux de tous poils, qui voyaient en lui le chantre d'une brutalité aveugle, celle de l'homme blanc raciste et rétrograde des années Nixon. Après avoir baladé sa silhouette élancée dans des séries télé hollywoodiennes insipides et, porté à trois reprises, le pancho de L'homme sans nom devant la caméra de Sergio Leone, Clint Eastwood accédait enfin, à l'âge de 41 ans, au statut de superstar. Et cela, en un seul film, L'inspecteur Harry , réalisé par son mentor, Don Siegel, en 1971.

Affiche Magnum Force, 1973
Affiche Magnum Force, 1973 © Radio France

Pendant longtemps, le badge de l'inspecteur Harry, ce flic irascible de San Francisco plus enclin à sortir son Magnum 44 que le code pénal, colla à sa peau comme le nom de Sacco à celui de Vanzetti. Patiemment, l'homme entreprit de corriger son image, film après film, et le chemin de la rédemption fut long : Josey Wales hors-la-loi, Bronco Billy, Honkytonk Man, Pale Rider, Bird, jusqu'à ce jour d'Impitoyable en 1992, où l'impensable se produisit : dans le rôle d'un cow-boy vieillissant usant de la violence des armes mais à contre-coeur, Eastwood mit tout le monde d'accord : comme frappé d'amnésie, ses détracteurs d'antan rendirent les armes.

Après tout, Hollywood aime les icônes crépusculaires, les derniers des géants. Pour Eastwood, 62 ans, les cloches de la grande réconciliation venaient enfin de sonner.

Comment comprendre l'histoire de ce revirement spectaculaire qui depuis n'a cessé de se confirmer ? Par quel miracle ou quel tour de magie, cet acteur réalisateur, que l'on disait violent, misogyne, tendance fasciste, a-t-il pu rejoindre l'olympe des sages couverts d'éloges, quatre fois oscarisé et dont chaque film est aujourd'hui (presque) unanimement célébré par la critique américaine et européenne ? Au fond comment Dirty Harry est-il devenu Abraham Lincoln ?

Bernard Benoliel invité de Pendant les travaux...
Bernard Benoliel invité de Pendant les travaux... © Radio France
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