Affiche du film "Assaut", John Carpenter
Affiche du film "Assaut", John Carpenter © Gaumont /

Sans lui, le cinéma américain de ces quarante dernières années n'aurait pas eu tout à fait la même saveur ni le même visage : celui d'un tueur masqué terrorisant le soir d'Halloween une petite bourgade paisible des Etats-Unis, celui d'un brouillard meurtrier peuplé de fantômes vengeurs, ou encore d'une entité effroyable capable de dupliquer ceux qu'elle absorbe... "Assaut", "Prince des ténèbres", "The Thing", "Le Village des damnés", "Halloween", "Christine", "New York 1997", les titres des films de Carpenter claquent comme autant d'expériences de peur et de ravissement, de trouille et d'émerveillement.

Né en 1948 à Carthage dans l'Etat de New York, John Carpenter passe son enfance à Bowling Green, une petite ville du Kentucky. Il se passionne très tôt pour la science-fiction et le fantastique. Après avoir étudié le cinéma à l'université, il saisit en 1976 l'opportunité que lui offre un producteur de réaliser un western. Il lui faut à peine huit jours et une poignée de dollars pour écrire le script de "Assault", un classique instantané, un chef d'oeuvre d'économie et de précision.

Comme la plupart des cinéastes de genre ayant émergé au cours des années 1970, Carpenter fut longtemps méprisé par la critique institutionnelle qui, dans les années 1990, opéra un spectaculaire revirement et lui offrit enfin la reconnaissance et la place la plus haute qui lui revenaient. Mais depuis une quinzaine d'années, Carpenter a progressivement disparu des radars critiques, livrant des films moins inspirés, comme "Ghost of Mars" ou le récent "The Ward" qui, en France, n'est même pas sorti en salles. Carpenter semble avoir baissé les bras, fatigué de lutter contre les studios pour imposer sa vision, marginale et entière, violente et sincère.

Et nous, ne l'aurions-nous pas abandonné ?

L'instant BO du jour: "Yellow Ribbon" de George Morton

Affiche du film "Yellow Ribbon" de John Ford
Affiche du film "Yellow Ribbon" de John Ford © radio-france /

C'est le début de l'un des plus beaux films du monde, "La Charge héroïque", réalisé par John Ford en 1948, dernier volet d'une trilogie de la cavalerie ouverte en 1939 avec "La Chevauchée fantastique" et poursuivie avec "Le Massacre de Fort Apache".

Le titre original du film, "She wore a Yellow Ribbon" (Elle portait un ruban jaune), est celui d'une marche militaire composée en 1917 et modifiée en 1948 par George Morton pour les besoins du film de Ford.

Le ruban jaune que porte la jeune Joan Dru dans le film est, dans la tradition de la cavalerie américaine, le symbole que son coeur est déjà pris.

Rencontre avec... Jean-Claude Brisseau:

Jean-Claude Brisseau
Jean-Claude Brisseau © /

Il est le fils d’une femme de ménage qui travaillait dans les salles de cinéma. Ces dernières furent d’ailleurs dans son enfance, à Paris, le lieu où, plus que nulle part ailleurs, il se sentait chez lui. Très vite, la passion de voir des films lui donne le désir d’en faire. Il bricole quelques bobines artisanales pour lui-même et avec son entourage. Sans oser penser à l’époque que le cinéma puisse devenir son métier, il invente en autodidacte sa petite nouvelle vague personnelle. Et puis une rencontre hasardeuse avec Eric Rohmer, intrigué par sa méthode, lui donne confiance et courage. Il s’obstine.

Le professeur de français, qu’il est devenu, finira par virer pleinement cinéaste à partir de « De Bruit et de Fureur », film splendide et cruel avec un Bruno Cremer anthologique, qui dépeint, en 1988, la banlieue comme personne ne l’avait fait auparavant. Depuis, en une douzaine de films, il a réalisé une des œuvres les plus étranges et singulières du cinéma français : on y assiste à une alliance inédite du thème de la violence sociale, représentée sans aucune complaisance, avec des motifs surnaturels tout droits venus de la littérature et du cinéma fantastique. S’impose aussi, à la manière de James Stewart devant Kim Nowak dans « Vertigo », une sorte d’obsession exaltée et morbide pour le mystère du féminin. Son cinéma devient érotique. Dans « Choses secrètes », par exemple, thriller érotico-marxiste, il raconte comment deux jeunes femmes décident d’entrer dans l’arène sociale de la lutte des classes et de la lutte des sexes en utilisant leur corps et leur charme.

Il y a quelque chose de bizarrement anachronique dans ce cinéma qui paraît tout droit issu d’une certaine littérature du XIXe siècle, à la fois puritaine et érotomane, travaillée par la transgression et la recherche de l’absolu, l’interdit et la culpabilité.

« La Fille de Nulle part », son dernier film, a reçu le Léopard d’or au Festival de Locarno.

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