« Il y a un mythe de l'Ouest pour les Américains, c'est le paradis perdu, pour les Indiens c'est le génocide ». Voici ce que déclarait Abraham Polonski, cinéaste, scénariste, mise à l’index d’Hollywood pendant 20 ans pour cause de liste noire, et qui signe, en 1968 avec Willie Boy, son retour en cinéma. Dans son fameux essai Le Retour du Peau-Rouge, Leslie Fiedler note que le récit westernien, dans sa forme littéraire classique, repose sur la confrontation entre un Blanc débarquant dans l'Ouest sauvage et un indigène incarnant une altérité radicale et inquiétante. « C'est la présence de l'indien, écrit-Fiedler, qui définit l'Ouest mythologique ».

On pourrait ainsi classer l’essentiel des Indiens d’Hollywood à l’aune de cette rencontre et de ce qu’elle a produit : l’éradication pure et simple filmée dans Soldat Bleu en 1970, la réclusion dans des réserves sous contrôles comme dans Les Cheyennes de Ford ou Willie Boy, la dénaturation de l’Indien absorbé par l’Amérique des blancs et de leur société de consommation – on le voit dans Quand les légendes meurent de Stuart Millar en 1972 – ou bien l’étrange métamorphose de l’Homme Blanc, qui est alors un hippie, en une créature hybride, à mi-chemin entre deux cultures, c’est le cas de Jeremiah Johnson, de Hombre ou d’Un Homme nommé cheval.

Vue de loin, l’évolution de la représentation des Indiens par Hollywood semble épouser une pente progressiste : du guerrier sanguinaire et cruel au bon sauvage dépositaire de valeurs que la civilisation a abandonné, c’est toute l’histoire du western qui se déplie, et sa cohorte de films emblématiques : La Chevauchée fantastique en 1939, et ses Indiens maléfiques qui ralentissent la marche du progrès, La Flèche brisée en 1950 qui marque la naissance officielle du western pro-Indien, Little Big Man en 1969 et sa vision contestataire de la colonisation à l’époque où l’Amérique s’embourbe au Vietnam, Josey Wales hors la loi ou encore Danse avec les loups

Dans ses Etudes sur la littérature classique américaine, DH Lawrence écrivait « L’Indien ne reprendra jamais possession des grands espaces de l’Amérique. Seule son ombre reviendra »

( D.H Lawrence, Etudes sur la littérature classique américaine , 1922)

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Exposition Indiens des Plaines au Musée du Quai Branly, du 8 avril au 20 juillet 2014

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