Alejandro Jodorowsky est-il un charlatan ou un génie?

L’homme dont nous allons aujourd’hui vous parler est difficile à saisir, à définir, à comprendre même, tant le spectre de ses activités artistiques est vaste. Poète, écrivain, inventeur de la psychomagie, auteur de bande dessinée – la série des Incal avec Moebius, c’est lui – praticien du tarot divinatoire et bien sûr cinéaste, Alejandro Jodoowsky reste une énigme et son cas, encore aujourd’hui, divise la critique et le petite peuple cinéphile : pour certains, Jodo - c’est ainsi qu’on l’appelle - est un prophète, un artiste génial qui transforme en or rare tout ce qu’il touche, pour d’autre, il n’est qu’un gourou sympathique dont les montagnes, même sacrée, n’accouchent que de petites souris pontifiantes. Alors qui est vraiment Jodorowsky ?

Certes on sait beaucoup de choses sur lui, mais c’est comme si on ne savait rien, ou très peu. On sait qu’il est né en 1929 à Tocopilla, au Chili, de parents russes immigrés, et qu’il débarque à Paris en 1953 où il devient l’assistant du mime Marceau. On sait que dix ans plus tard il fonde, avec Roland Topor et Fernando Arrabal, le mouvement Panique en réaction au mouvement surréaliste, et le voilà qui retourne à Mexico au milieu des années 1960 pour y créer un théâtre d’avant-garde. Et puis, en 1968, il signe son premier film, Fando Y Lis, première pierre d’une filmographie qui en comptera sept, cultes pour la plupart, dont El Topo, La Montagne sacrée, Santa Sangre et La Danza de la Realidad, magnifique autobiographie rêvée qui vient de sortir en salles ce mercredi.

Quoi qu’on en pense, pour qui s’intéresse à l’art iconoclaste et carnavalesque, dionysiaque et profane, critique et expérimental, les films de Jodorowsky sont un passage obligé. Jetons ici aux orties toute attente d’un cinéma soumis aux lois de la fiction classique et de l’identification, d’un récit fabriquant pas à pas une petite morale universelle. Pour le réalisateur de Santa Sangre , la société œuvre à la négation de l’individu, lequel ne survit qu’à ses marges et sous une forme aberrante. Dès lors, l’humanité se divise en trois camps : les grands dirigeants, milliardaires bouffons et grotesques obsédés par le pouvoir et leur puissance d’érection, des masses qui ne surgissent que pour être programmées ou exterminées et des freaks qui crachent, baisent et festoient. Dans les films de Jodorowsky, le monde est d’abord un cirque, un banquet perpétuel et la profusion esthétique est la règle.

Décrire un film de Jodo – car c’est ainsi qu’on l’appelle – c’est donc succomber à une fièvre cinéphile, à un déluge de références, tant son cinéma emprunte joyeusement à toutes les formes subversion. Comment décrire, par exemple, La Montagne sacrée , par exemple ? Comme une version hallucinée du Freaks de Tod Browning, comme l’hyperbole rabelaisienne de Fellini Roma ? du Bunuel psychédélique ? l’enfant insolite de Ken Russell et de Glauber Rocha ? Voir un film de Jodo, c’est d’abord succomber au plaisir – ou non – de visions inouïes qui s’enchaînent comme autant de cauchemars surréalistes : la libération de Mexico rejouée avec des crapauds flanqués d’armures miniatures, des culs peinturlurés en batterie dont les empreintes dictent l’art du futur, des écoles de guerre mexicaines où l’on électrocute les bambins afin de cultiver en eux la haine de l’ennemi péruvien, un pistolero mutique qui parcourt le désert à la recherche de lui-même, un femme sans bras qui utilisent ceux de son fils pour tuer, et partout, des cul-de-jattes, des hommes tronc, des fêtes profanes, des giclures de sang, des sectes étranges et des masses opprimées. Alors entrons dans cette danse violente où la réalité perd pied, dans cette quatrième dimension festive où les explosions de sang sont d’abord des bouffées de vie.

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L'instant BO : La Golondrina. The Wild Bunch

compositeur : Jerry Fielding

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"Tirez la langue, mademoiselle"d'Axelle Ropert

Avec Tirez la langue, mademoiselle Axelle Ropert brode une belle variation autour de fragiles sentiments

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