Comment OZU a t-il montré l'univers depuis un tatami ? avec Mathieu Capel

"Je dis toujours que je suis comme un fabricant de tofu, qui ne fait que du tofu. Une même personne ne peut pas créer des films si différents les uns des autres. D'ailleurs, on ne mange pas correctement dans un grand restaurant où on mange de tout. Même s'ils apparaissent identiques aux yeux des autres, mes films expriment tous des choses différentes, et j'y trouve un intérêt toujours renouvelé. Exactement comme un peintre qui s'évertue à toujours dessiné la même rose"

Yasujiro Ozu a souvent usé de cette métaphore culinaire afin d'évoquer son travail, et coupé l'herbe sous le pied de ceux qui lui reprochait de s'être enfermé dans un seul style de film. Or comme l'a écrit le cinéaste Kiju Yoshida dans son essai sur Ozu, l"anti-cinéma, on ne produit jamais deux fois un même tofu. De loin, en effet les films les plus connus d'Ozu se ressemblent et terriblement, toujours des histoires de filles à marier, de grands-parents qui voient le temps filer, de générations qui peinent à se comprendre, les mêmes acteurs qui passent d'un film à l'autre, des rasades de saké et biensûr cette caméra, placée à hauteur de tatami, qui capte l'infime mouvement des choses et de la vie. Mais de près, qu'en est -il ? D'où vient cette fascination que ses films - reconnaissables parmi des milliers - procurent ? De quel drôle d'effet de répétition s'agit-il ?

Le Goût du saké, Yasujiro Ozu, 1963.

Mort en 1963 à l'âge de 60 ans, Ozu aura été un monument dans son pays mais en Europe, et en particulier en France, son fameux Voyage à Tokyo, réalisé en 1953, ne fut montré qu'en 1978 et déclencha presque instantanément mode et admiration. Nous avons donc vu les films d'Ozu dans le désordre, remontant le fil de l'eau depuis Le Goût du saké , son dernier film en 1963, à la période muette, sous influence américaine, avec des bandes éprises de vitesse et des clichés empruntés au cinéma Hollywoodien. Car Ozu n'a pas toujours été Ozu, ce Ozu qu'on connait aujourd'hui et dont on célèbre le style et l'économie, l'universalité et la poésie, celui de Printemps tardif ou du Voyage à tokyo .

OZU à présent
OZU à présent © Radio France

Ozu a construit une oeuvre qui, en soixante films, du muet au parlant, a emprunté une pente de plus grand épure et d'immense sérénité dont les titres portent la trace

L'instant BO

Tokyo Story, Voyage à Tokyo, Kojun Saikô, 1953

Voyage à Tokyo
Voyage à Tokyo © Radio France

Le panier de la ménagère

Le choix de Mathieu Capel :

La part du feu de Emmanuel Roy

La part du feu
La part du feu © Radio France
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