Lars Von Trier a-t-il ou non le génie du mal ?

Chaque film offre l’occasion d’une bataille rangée et réglée entre ceux qui voient en lui l’un des auteurs les plus stimulants et inventifs de ces trente dernières années – rappelons qu’Element of Crime, son premier film, date de 1984 – et les autres qui n’ont jamais de mots assez durs pour qualifier le réalisateur d’Antichrist , passé maître selon eux, dans l’art de l’imposture et de la provocation stérile.

La récente sortie de Nymphomaniac , n’a pas permis de réconcilier les positions. Bien au contraire : « Von Trier applique sa grille de lecture cuistre sur un monde qu’il veut quadriller, penser, abîmer aux dépens de ses personnages et du spectateur, ont écrit Didier Perron et Julien Gester dansLibération . Il procède ici ainsi selon une sempiternelle logique d’ornementation et de diversion, actionnant de loin et sans y prendre plaisir lui-même la mécanique de son film, sans jamais se donner véritablement la peine de travailler à incarner personnages et enjeux ». De l’autre côté du spectre, Les Cahiers du cinéma qui, sous la plume de Vincent Malausa, ont évoqué, eux, « un mélodrame glacial à la mystifiante beauté ».

AntiChrist
AntiChrist © Radio France

Quoi qu’on pense de Lars von Trier et de ses films, on est tout de même obligé de reconnaître une ambition artistique qui a peu d’équivalent dans le cinéma contemporain, un désir de ne jamais s’installer au sein d’un territoire confortable et normé, une volonté, enfin, de toujours tenir une position critique à l’égard de son art. En résulte un cinéma hétéroclite, volontiers contradictoire, intimiste et monumental, naïf et hyperconscient, avide d’expérimentations de toute sorte, une cinéma où se côtoient la radicalité et la caricature, le grotesque et le sublime, le génie et l’imposture, le nihilisme et la misanthropie. Pourtant, et en dépit de la diversité apparente de ses films et des genres auxquels on peut les affilier, Lars von Trirer semble creuser un même sillon qui, pour le dire vite, ressemble à une description rigoureuse du travail du Mal, un mal au mille visages qui séduit, défait, essaime, se propage au sein de nos sociétés modernes au point d’en constituer parfois l’unique programme. Chez lui, Dreyer converse avec Rammstein, le soap opéra croise Richard Wagner et Deep Purple s’invite chez Bergman et Lars von Trier, avec qui et quoi ses films conversent-t-il vraiment ?

Dogville
Dogville © Radio France

Le panier de la ménagère

L'oeil domestique
L'oeil domestique © Radio France

Entre 1956 et 1962, Alfred Hitchcock a réalisé vingt films pour la télévision, la plupart dans le cadre des séries qu'il produisait, Alfred Hitchcock présente et The Alfred Hitchcock Hour. Quoique peu commentés jusqu'alors, ceux-ci constituent un fragment essentiel de sa filmographie. Pas seulement parce qu'ils ont contribué à la construction d'un personnage devenu une véritable image de marque et étendu la popularité planétaire du Maître du suspense, mais surtout parce qu'ils ont déployé l'art et les obsessions du cinéaste au coeur d'un médium dont il a su saisir la singularité profonde. Entre la continuation par d'autres moyens de son cinéma et l'invention d'une forme, la télévision de Hitchcock ouvre de nouvelles perspectives au suspense et à la vision du monde et de l'homme qu'il signifie. Phénomène industriel et médiatique, l'ensemble de ces téléfilms mérite une analyse détaillée. Elle fera surgir l'existence d'une véritable théorie hitchcockienne de la télévision. L'oeil du voyeur devient un oeil domestique.-Présentation de l'éditeur-

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