Affiche de "Spring Breakers", Harmony Korine, 2013
Affiche de "Spring Breakers", Harmony Korine, 2013 ©

Quel est le chemin le plus efficace qui mènera le jeune puceau vers le grand autre féminin? Quel stratagème inventer pour se procurer de l'alcool lorsqu'on n'a pas encore atteint l'âge de la majorité? Comment faire tomber la plus belle fille du lycée lorsqu'on a des lunettes scotchées sur un nez boutonneux et un Q.I. pourtant deux fois supérieur au moindre quaterback musclé? Qui, cette année, sera la reine du bal et qui sera le supergrave du campus? Au fond, comment, lorsqu'on est adolescent, trouver sa juste place dans la société ? C'est à cette question que les teen movies, les films d'adolescents, tentent de répondre depuis les années 1950 et depuis "La Fureur de vivre" de Nicholas Ray, film fondateur d'un genre qui connaîtra son âge d'or au cours des années 1980. Au même titre que le western ou la comédie musicale, le teen movie est un genre en soi, un conte de fées filmé à hauteur de shorts et de jupettes qui décrit le passage à l'âge adulte. Comme tout genre, le teen movie possède ses codes, ses archétypes, ses lieux fétiches - à commencer par le campus avec ses étudiants amassés en grappes, ses longs couloirs tapissés de casiers, son gymnase, ses pom-pom girls, ses geeks qui zozotent et zyeutent dans les douches des filles, ses souffre-douleur qui attendent leur revanche, son proviseur autoritaire, son concierge sympa et ses parents toujours à la masse.

Pourtant, le genre a évolué, radicalement même, et on se demande comment les ados d'"American Graffiti", en trente ans, ont pu donner naissance aux "Kids" de Lary Clark. Alors, sommes-nous passés de la rebelle attitude de James Dean aux fêtes perpétuelles et orgiaques de "Spring breakers" du "Breakfast Club" de John Hughes aux ados meurtriers d'"Elephant"?

Que disent de nous et de notre époque, les teens movies? Sont-ils des thermomètres sociologiques déguisés en comédies potaches pour ados mals dans leur peau, ou bien la réponse cynique d'une industrie hollywoodienne qui sait qu'aujourd'hui, la majorité des spectateurs ont à peine l'âge de Tom Cruise dans "Risky Business"?

L'instant BO du jour : "Fire and Rain", James Taylor

"Fire and rain" de James Taylor, 1970
"Fire and rain" de James Taylor, 1970 ©

Il faut revoir "A bout de course", l'un des grands films de Sidney Lumet, le réalisateur de "Douze hommes en colère", de "Serpico" et de "Un après-midi de chien", qu'il réalisa en 1988. Comme son titre original l'indique, (Running on empty), "A bout de course" est un road movie contraint. Contraint, parce que Arthur et Annie Pope, ex-militants anti Vietnam, sont en cavale depuis 15 ans. Motif : une bombe posée dans une usine de napalm, qui a causé, à l'époque, la mort accidentelle d'un employé. Depuis, le monde a changé, les combats collectifs sont devenus les causes individuelles de quelques uns. Pourtant, les Pope et leurs deux fils continuent de fuir de ville en ville, accumulant noms d'emprunts, boulots de fortune et mensonges à la pelle, afin d'échapper aux hommes en noir du FBI et de la CIA. Mais pour Danny, le fils ainé de dix-sept ans (interprété par le jeune River Phoenix, alors en pleine James Dean attitude) cette vie de fuyard commence à peser lourd.

On peut fredonner en boucle les folk songs de James Taylor pour se convaincre que les sixties ont survécu aux tubes de Madonna, on peut refuser obstinément de prononcer le mot de famille pour lui préférer celui, moins bourgeois, d'équipe, la bulle fantasmatique fabriquée par les Pope a fait son temps, et Sidney Lumet filme son automne puis son inévitable éclatement.

James Taylor, justement, fameux compositeur de folk américain, a croisé deux fois la route du cinéma. La première, c'est en 1970, dans "Macadam à deux voies" de Monte Hellman, où il interprétait l'un des deux rôles principaux aux côtés du Dennis Wilson des Beach Boys. La seconde, dix-sept ans plus tard, la voici : lorsque Sidney Lumet choisit d'utiliser sa chanson "Fire and Rain", écrite en 1970, pour l'une des séquences emblématiques de "A bout de course".

Rencontre avec Pascal Thomas:

Pascal Thomas
Pascal Thomas ©

Il y a dans "La Dilettante" un raccord surprenant__ typique de son style et de son humeur... On se souvient de ce film de 1999, emmené par une Catherine Frot phénoménale dans le rôle de Pierrette Dumortier, bourgeoise qui plaque sa vie tranquille et confortable en Suisse pour repartir à zéro, sans argent.

Pascal Thomas
Pascal Thomas ©

"La Dilettante" est libre et décalé, on ne sait pas trop si elle est sciemment subversive ou totalement innocente, elle a un aspect à la fois un peu raide et totalement en vrac. Rien ne semble pouvoir désormais l'arrêter dans sa volonté d'aller de l'avant après s'être longtemps mise en veille. Pourtant, dans la dernière partie du film, après avoir rencontré un antiquaire- escroc par qui elle se retrouve en prison, elle craque. La scène a lieu dans un parloir pendant une visite de sa fille, qui est tout son contraire : trop sage, trop adaptable, trop préoccupée par les apparences. Pierrette Dumortier ne la supporte pas, elle fracasse sa main contre la vitre du parloir, congédie violemment celle qui était venue lui faire la leçon et s'effondre en larmes.

Dans un film constamment allègre, la scène sonne bizarrement. On pense un instant que c'était là où voulait sadiquement en venir le scénario : faire tomber le principe de réalité de l'insouciante, révéler son fond de tristesse, comme si la clé du personnage était dans ses larmes... Mais cela ne dure que l'instant de la collure, le temps de passer d'un plan au suivant; dans lequel la voix de Catherine Frot lit une lettre que son personnage écrit à sa seule amie: "Je n'arriverai donc jamais à être totalement malheureuse. Tu vois, ce matin je me suis réveillée toute gaie et je le suis encore plus depuis que j'ai bu un café..."

Ce raccord est symptomatique de son cinéma : construire une comédie sans évacuer la part de tristesse et de cruauté, de tragédie parfois (comme la partie de "Mercredi folle journée" consacrée à l'histoire de la junkie interprétée par Isabelle Carré), organiser au milieu des rires quelques trouées vers des moments qui assombrissent le spectateur, et puis rebondir tout de suite du côté de la vitalité, et de l'optimisme comme ultime région. La comédie ou le genre d'un film "qui n'arrive jamais à être totalement malheureux"...

Les liens

L'empire de l'adolecence, Revue Vertigo n°45 + Dossier Larry Clark

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