Les films de Sidney Lumet sont-ils du côté de la morale ou de la Loi?

Hommage à Sidney Lumet disparu le 9 avril 2011 à New-York

Mort en 2011 à l’âge de 86 ans, Sidney Lumet fut un cinéaste important, mais un cinéaste discret, si discret que pour le grand public, son nom ne faisait pas système. Peu nombreux étaient ceux qui allaient voir « un film de Lumet ». Pourtant, Serpico, Un après-midi de chien,Network , Douze hommes en colère, The Verdict, ou encore Àbout de course , c’était lui. Jusqu’à la fin de sa carrière, Lumet n’a jamais reçu les honneurs de la profession, 40 films, 40 nominations aux Oscars et pas une seule statuette, hormis, celle d’honneur que Pacino lui remis enfin au soir de sa longue carrière. Pourquoi ? À cause de son style, au cordeau, simple, direct, mais jamais tonitruant ? Parce qu’il s’est toujours tenu à l’écart de Los Angeles, et donc d’Hollywood, lui préférant les rues de New York dont il restera l’un des grands cinéastes ? Parce que si la fragilité et les effets pervers de la démocratie constituaient son grand sujet, il n’a jamais versé dans le film à thèse ou militant ? La démocratie, la manipulation, la réticence à l’égard du majoritaire, sont autant d’obsessions que Lumet aura déplié sous toutes leurs coutures : du côté des flics (Serpico , Le Prince de New York ), du côté des truands, (Le Gang Anderson , Jugé coupable ), du côté des médias (Network , Les Coulisses du pouvoir ) ou du côté du simple citoyen pris dans l’engrenage diabolique de la machine démocratique qui parfois, à son corps défendant, peut devenir totalitaire : être seul contre tous, et même contre la Loi lorsque celle-ci tolère les arrangements et les petits écarts, ferme un peu les yeux, l’air de rien. Chez Lumet, ce sont les petites défaites qui conduisent au pire, et inversement, les petites résistances, qui restaurent les grands principes : il suffit à l’inspecteur Frank Serpico de refuser une fois un pot de vin presque anodin, quelques dizaines de dollars, pour que le système policier se retourne tout entier contre lui. Chez Lumet, on ne badine pas avec les principes. Dans son premier film, Douze Hommes en colère (1957), Fonda, homme ordinaire et simple juré, s’oppose au rouleau compresseur démocratique et à ses risques de dérives, autrement dit à cette majorité que chez Lumet, on tente toujours de convertir à la responsabilité. La présomption d’innocence, l’égalité des droits, n’existent pratiquement qu’au prix d’un travail titanesque, nous ont appris les films de Lumet. À un critique qui lui demanda un jour pourquoi il faisait des films, il répondit :« parce que j’aime ça. C’est une formidable façon de vivre sa vie ».

Serpico/Sidney Lumet
Serpico/Sidney Lumet © Les Acacias
Les invités
L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.