1. Une année noire pour Francis Ford Coppola terrassé par l’échec critique et public de Coup de Cœur (One From the Heart ). Ce film révolutionnaire qui devait ouvrir en grandes pompes l’ère du cinéma électronique a rendu Coppola aussi fragile que Le Parrain , tourné dix ans plus tôt, l’avait rendu puissant. Comme si un seul film, dont le budget était passé en quelques semaines de deux à 25 millions de dollars, avait suffi à mettre sur la touche l’un des cinéastes les plus importants et influents de la décennie écoulée, réalisateur de deux immenses succès du box-office hollywoodien (les deux premiers volets du Parrain ) et d’un opéra guerrier, Apocalypse Now , qui rapporta à Coppola sa deuxième Palme d’or après celle obtenue par Conversation secrète en 1974. Zoetrope, la société de production qu’il avait créée en 1969, était maintenant à vendre et dans quelques mois le poids de ses dettes s’annonçait insurmontable.
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Coupdecoeur © Radio France / FFC

Comment réagir ? Coppola décida qu’il fallait retourner derrière la caméra le plus vite possible afin d’effacer le souvenir de Coup de cœur et surtout, de renflouer rapidement les caisses de Zoetrope en tournant un film susceptible de sortir dans la foulée. The Outsiders fournit à Francis Ford Coppola l’occasion d’innover et de parfaire les techniques de tournage et d’enregistrement mises au point pour Coup de cœur, techniques dont les ratés avaient à l’époque coûté très cher à la production. Cette fois, son Silver Fish , sorte de QG sur roues rempli de magnétoscopes Sony Betamax et de moniteurs, fonctionne à plein régime et son rêve de cinéma technologique va s’avérer efficace et économique. Ceux qui sont venus sur le tournage de Coup de cœur se souviennent du fameux Silver Fish , cet immense van argenté transformé par Coppola et son équipe en une régie vidéo ultra perfectionnée : à l’intérieur, Coppola, rivé à des dizaines d’écrans et de contrôleurs vidéo, dirige son plateau via des haut-parleurs, réalisant ce qu’il a baptisé le « cinéma électronique ». De quoi s’agit-il ? D’une façon, expérimentée sur Coup de cœur puis The Outsiders , d’envisager le processus de création dans sa totalité et de rompre avec la succession classique des étapes de fabrication d’un film : écriture du scénario, story-board , tournage du film et montage. Avec le cinéma électronique, Francis Ford Coppola veut faire entrer le septième art dans une nouvelle phase.

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theoutsiders © Radio France / FFC

Concrètement, expliqua Coppola au moment du tournage de The Outsiders , « il s’agit d’un système spatial et non pas linéaire. Nous créons des films en travaillant sur leur totalité, même quand l’idée n’en est qu’au commencement. Plus question d’écrire un scénario puis d’en tirer des morceaux et ensuite de passer par une phase de post-production pour les réunir. La pré-production, la production et la postproduction se font toutes en même temps » . Au début des années 1980, nous sommes à l’époque de l’apparition massive des magnétoscopes et des cassettes vidéos, et Coppola pressent, avant tout le monde, que la capacité à contrôler en temps réel le tournage et à revoir instantanément ce qu’on vient de filmer va ouvrir une ère révolutionnaire dans la façon de faire des films.

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