Les sifflements du Pont de la rivière Kwai, la mélodie du Parrain, le sirtaki de Zorba le grec, le deguello de Rio Bravo, la chevauchée des walkyries dans Apocalypse Now ou le thème de James Bond, chacun le sait, certaines musiques suffisent à évoquer un film, au point d’en éclipser parfois les images. Pourtant, aux tout débuts du cinéma, la musique était discrète. Jouée par un pianiste ou un orchestre placé au bas de l’écran, elle servait à rassurer le spectateur, seul, perdu dans le grand noir de la salle, mais aussi à renforcer les émotions que les images, alors muettes, essayaient de lui transmettre. Puis, au fil des évolutions techniques et de l’arrivée du parlant, elle a réclamé son droit au cadre, la musique est entrée dans l’image, pour en devenir une dimension centrale.

Comme tout art, la musique de cinéma possède son histoire, ses histoires, son évolution et ses styles. Ainsi, c’est dans les années 1930 que Max Steiner forge les canons de la musique symphonique, un style ample inspiré des opéras wagneriens qui régnera en maître sur l’essentiel du cinéma hollywoodien classique. Vingt ans plus tard, Leonard Bernstein, le compositeur de West Side Story et Berrnard Herrman, l’homme sans qui Hitchcock ne sera pas tout à fait Hitchcock, invitent le jazz sur les écrans de cinéma, puis ce sera au tour de la musique pop, du rock et de la variété, jusqu’au cauchemar des compositeurs : ces compilations de tubes qui font office de partitions.

Partition pour le film "Psychose"
Partition pour le film "Psychose" © Radio France / B.Herrmann

Si elle peut être le meilleur allié d’un film, la musique peut aussi devenir son pire ennemi. Car son pouvoir, d’élévation ou de nuisance, est immense. À quoi reconnait-on une bonne musique de film ? À sa capacité à appuyer le sens des images ? À masquer leurs défauts ? À se faire oublier ? Ou bien, à ouvrir l’oeuvre vers une quatrième dimension que l’oeil, trop aveugle opur bien voir, ne pourrait atteindre seul ?

Aujourd’hui, dans Pendant les travaux, le cinéma reste ouvert, on ferme grand les yeux et on fait danser les tympans.

L'instant B.O. : Le Bon, la brute et le truand, Ennio Morricone, 1966

Avant de devenir le plus célèbre des compositeurs de musique de film, Ennio Morricone fut d'abord, rappelons-le, le compositeur attitré de Sergio Leone et par conséquent l'emblème musicale du western à l'italienne. Voici un classique du genre, composé en 1966 : c'est l'avant-dernière séquence du Bon, la brute et le truand . Le titre, Exctasy of Gold, littéralement, l'ivresse de l'or, est celle qui s'empare de Tuco, le fameux truand du titre interprêté par Elli Wallach lorsqu'il arrive enfin au terme de sa quête, un immense cimetière circulaire constitué de 10 000 au milieu desquelles il va courir, jusqu'à perdre haleine, à la recherche de la stèle censée désigner l'endroit d'un trésor.

Le bon, la brute et le truand
Le bon, la brute et le truand © Radio France / Radio France

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Philippe Cassard

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