"La Maman et la Putain", Jean Eustache, 1973
"La Maman et la Putain", Jean Eustache, 1973 ©

"Je voudrais être révolutionnaire, c'est-à-dire ne pas faire des pas en avant dans le cinéma, mais essayer de faire des grands pas en arrière pour revenir aux sources. Le but que j'ai essayé d'atteindre depuis mes premiers films, c'est de revenir à Lumière. Je suis peut-être réactionnaire, mais je crois être en cela révolutionnaire."

Né en 1938 à Pessac et élevé par sa grand-mère à laquelle il consacrera un film documentaire en 1971, Jean Eustache débarque à Paris dans les années 1950, travaille comme ouvrier spécialisé à la SNCF et croise un jour, grâce à sa femme qui travaille comme secrétaire aux "Cahiers du Cinéma", la route de Rohmer, Chabrol, Rivette, Douchet et autres turcs de l'époque. En 1964, grâce à Godard qui lui donne un peu d'argent, Eustache réalise son premier film, "Les Mauvaises fréquentations". Suivront "Le Cochon", "Numéro Zéro", "La Rosière de Pessac", "Mes petites amoureuses" ou encore "Une sale histoire" en 1977.

Mais un arbre immense, presque encombrant, fait écran à tous les autres films réalisés par Eustache, des documentaires, des moyens métrages, des fictions : "La Maman et la Putain", fresque intime de 3h40 au cours desquelles Jean-Pierre Léaud, Bernadette Lafont et Françoise Lebrun discutent, s'engueulent, refont leur petit monde, se pourrissent, se confient, soliloquent et écoutent des chansons de Piaf, le temps passe et Alexandre, le jeune dandy du film, doit choisir entre la maman et la putain. A la fois grand film mélancolique sur la gueule de bois post-68 et déclaration de guerre au cinéma bourgeois de la Nouvelle Vague, "La Maman et la Putain" se moque du modernisme obligatoire, raille les slogans politiques, tourne le féminisme en ridicule et revient à une forme d'écriture très littéraire à une époque où le naturel et le parlé improvisé règne en maître sur le cinéma français. C'est un film sur l'inertie, l'ennui et l'impossibilité romantique d'agir.

L'instant BO du jour :"L'Alpagueur" de Philippe Labro, par Michel Colombier

"L'Alpagueur" de Michel Colombier, 1980
"L'Alpagueur" de Michel Colombier, 1980 ©

Il y a parfois de très grandes bandes originales pour des films médiocres : c'est le cas de la BO d'aujourd'hui, celle de "L'Alpagueur", sorte de mauvaise copie de film de genre américain réalisée en 1976, avec Jean-Paul Belmondo.

Oublions le film et écoutons la musique de Michel Colombier, grand fournisseur des BO des années 70 (il a travaillé avec Herbie Hancock, les Beach Boys, Gainsbourg... ). Un savant mélange entre une orchestration classique, des percussions complètement démentes et un solo wah wah extraordinaire...

Rencontre avec... François Ozon:

Ozon
Ozon ©

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François Ozon
François Ozon ©

Il y a une question que l'on a envie de poser à François Ozon à la sortie de chacun de ses films : comment fait-il pour tenir ce rythme chabrolien ou woodyallénien : depuis son premier long métrge, "Sitcom", en 1998, réaliser un film par an ?

D'autant plus que - même si on y perçoit bien quelques lignes directrices ("Théorème" de Pasolini, le plaisir de voir une famille se décomposer, Bunuel, l'ambition de faire revenir les hallucinations de l'imaginaire et le désir de fiction dans l'enregistrement de la réalité...) - sa filmographie prise en bloc témoigne d'une diversité de styles, de genres et de thèmes. Un seul souci peut-être : faire des films à la fois singuliers, dérangeants si possible, et populaires.

Après "Potiche," en 2010, ses deux derniers films, "Dans la maison" et "Jeune et Jolie" peuvent se regarder ensemble. Ne serait-ce que parce que le premier pourra aider certains spectateurs pressés à mieux voir le second.

Un spectateur pressé, c'est quelqu'un qui s'est trop habitué à voir des téléfilms à thèse et qui s'intéresse moins au cinéma qu'au sujet de société qu'un film serait censé illustrer, à la manière d'un message sociologique. Devant "Jeune et Jolie", cela n'a pas manqué. On a donc pu lui reprocher de faire un film complaisant avec la réalité sordide de la prostitution des étudiantes et de transformer un scandale social en récit de formation, voire d'émancipation. Pourquoi une jeune femme de 17 ans décide-t-elle de se prostituer après son dépucelage qu'elle a voulu liquider avec le premier venu?

Le professeur de français interprété par Fabrice Luchini dans "Dans la maison", le rappelait à son élève talentueux qui apprenait son métier d'écrivain en citant Flaubert : " Il faut approcher un personnage sans a priori, sans le juger, c'est-à-dire sans la réduire à une équation de motivations déjà ciblées ".

Les liens

"La Maman et la Putain", Jean Eustache, 1973

"Une sale histoire" de Jean Eustache, 1977

"Jeune et Jolie" de François Ozon, Bande annonce

"Les Apaches" de Thierry de Peretti, Bande annonce

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