Que serait une image coupable ? Partons de cette hypothèse : c'est une image qui n'a pas tout dit, et par conséquent, une image qui a menti.

Mais peut-on, aussi simplement, accuser une image de ne pas dire la vérité, toute la vérité, de dissimuler des informations, un détail, des éléments ? Et qu'en est-il du spectateur qui ne sait pas voir tout ce qu'une image lui montre ? Autrement dit, et si le vrai coupable était plutôt le spectateur, son regard, plutôt que l'image ? A l'inverse, on peut considérer que les images ne mentent jamais - pourquoi le feraient-elles d'ailleurs ? - mais que c'est du côté de ce qu'on en dit que se situe le mensonge.

Affiche Videodrome
Affiche Videodrome © Radio France / Radio France

Dans Des Hommes d'influence, réalisé par Barry Levinson en 1997, les conseillers d'un président en mauvaise posture, décident de faire diversion et inventent une guerre se déroulant dans un coin obscur de la vieille Europe. Ici, qui est coupable ? Ceux qui fabriquent les images d'une guerre factice ou le regard que nous portons sur elles ? Le génie des uns ou l'aveuglement des autres ?

De Fritz Lang à Brian de Palma, d'Antonioni à Argento, de Bunuel à Cronenberg, on ne compte plus les cinéastes qui ont fait des images, de notre rapport à elles, de la façon de les interpréter, le sujet même de leur film. On peut aussi, comme dans le cinéma punitif de Michael Haneke, Caché ou Le Ruban Blanc, se sentir écrasé par un sentiment de culpabilité dont, on cherche, parfois en vain, les preuves dans l'image.

Et puis, que faire de toutes ces images de rêves, d'hallucinations, de cauchemars, de publicité, d'effets spéciaux ? De quoi seraient-elles coupables ? De nous faire croire à un monde qui n'existe pas mais que, parfois, nous désirons ardemment ? D'adopter un point de vue subjectif là où on attend de l'image qu'elle statue, qu'elle apporte une preuve irréfutable du monde ? Et si le problème était que nous croyions à ce que nous voyons ?

L'instant B.O : Délivrance , Arthur Smith, 1972

C'est sans doute l'une des séquence les plus connues de l'histoire de cinéma, et sûrement le moment emblématique de Délivrance, ce film réalisé en 1972 par le britannique John Boorman et adapté d'un roman éponyme de James Dickey. Nous sommes au début du film : un groupe de citadins venus d'Atlanta décide de descendre en canoé, comme au bon vieux temps des pionniers, une rivière du Nord de la Géorgie, avant sa destruction programmée. Dans une station service délabrée, Ronnie Cox, l'idéaliste du groupe, voit arriver sur le balcon d'une maison un jeune homme, flanqué d'un banjo, dont le visage trahit des signes de dégénérescence. Il décide d'entamer avec lui un dialogue musical, aujourd'hui connu sous le nom du "duel guitare/banjo".

Affiche délivrance
Affiche délivrance © Radio France / Radio France

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