Affiche Qu'est il arrivé à Baby Jane?, Aldrich, 1962
Affiche Qu'est il arrivé à Baby Jane?, Aldrich, 1962 © Warner Bros

Le nom de Robert Aldrich fait une irruption fracassante en 1954, avec trois films fous dont la critique française, de Claude Chabrol à François Truffaut, s'enticha immédiatement. Tournés à quelques mois d'écart, Bronco Apache , Vera Cruz etEn quatrième Vitesse assurèrent d'un seul coup le passage du classicisme hollywoodien à sa modernité critique: brutal, grotesque, violent et névrotique, le style extravagant de Robert Aldrich tient déjà dans les titres de ses films: "Le Grand Couteau", "Les Douze salopards", "Plein la gueule", "Bande de flics", "Tout près de Satan" ou encore le génial "Deux filles au tapis". En 30 films et 48 ans de carrière, Robert Aldrich a livré l'une des filmographies les plus atypiques et stimulantes du cinéma américain, hystérisant tous les genres. Le cinéma d'Aldrich ne manque pas d'images fortes et de situations poussées jusqu'à la limite du grotesque et de la folie.

Pour le héros aldrichien, le monde est une arène, où il s'agit de survivre, et tous les coups sont permis. Ici, les idéalistes n'ont pas leur place, ils meurent broyés par le système. Il y a un côté sale gosse chez Aldrich, prêt à toutes les transgressions pour rompre l'harmonie de surface et ce qu'on appelle le bon goût: une esthétique coup de poing, un goût immodéré pour la violence, voire le sadisme, le brouillage des frontières morales et sexuelles, une inclinaison certaine pour les individualistes forcenés et la spectacularisation des rapports de force.

Le gros Bob, comme le surnomma affectueusement Claude Chabrol, avait l'air d'un ours, mais ses films, eux, ressemblaient plutôt à des tigres engagés.

L'instant BO du jour:

"Superfly", Curtis Mayfield

Pochette BO Superfly, Gordon Parks Jr., 1972
Pochette BO Superfly, Gordon Parks Jr., 1972 © Custom Records

En ce début des années 1970, un vent soul et afro souffle sur Hollywood, après le succès de Sweet badasssss song et surtout Shaft de Gordon Parks. La blaxploitation était née, et avec elle un réservoir d'icônes, de motifs et d'attitudes dans lequel le gangsta rap, des décénnies plus tard, ne cessera de puiser. Hormis ses acteurs stars, Jim Brown, Pam Grier ou Fred Williamson, les films de blaxploitation valaient surtout pour la qualité de leur bande originale, composées pour la plupart par des stars de la musique noire: James Brown, Herbie Hancock, Isaak Hayes, Edwin Starr ou encore Marvin Gaye.

Avec Superfly , réalisé par Gordon Parks en 1972, c'est au tour de Curtis Mayfield, trente ans, d'inscrire son nom au fronton du genre. L'homme qui avait composé We are Winner , l'hymne des black Panthers, signe ici son plus grand tubes et l'un des meilleurs albums de la soul music.

Rencontre avec... Michel Gondry:

Michel Gondry
Michel Gondry © Alexey 2244

La diversité de sa filmographie est assez unique: il y a les clips videos, qu'il a réalisé par dizaines; des films américains indépendants aux budgets plutôt modestes; des blockbusters hollywoodiens, un film français qui plonge dans le patrimoine littéraire national; mais aussi un documentaire intimiste et familial avec sa tante Suzette, l'Epine dans le coeur . Ce film, étrange et attachant, est aussi un mode d'emploi de votre méthode et une profession de votre foi si particulière dans le cinéma.

L'Epine dans le coeur est d'abord un portrait de sa tante Suzette, ancienne institutrice qui retourne dans les diverses écoles dans lesquelles elle a enseigné pour y retrouver ses souvenirs en même temps que ses élèves et ses collègues d'hier. Mais on y voit aussi Michel Gondry bricoler le tournage de son film. Le cinéma y est bricolage, partage et enchantement. Mais il y a encore une autre intrigue dans ce film, celle plus douloureuse et compliquée de la relation de sa tante Suzette avec son fils. Dans une très belle scène, la vérité que Gondry fait accoucher produit quelques pleurs. La plupart des cinéastes aurait conclu le film sur ce climax émotionnel. Mais Gondry, présent à l'image, s'excuse d'avoir pu être "méchant" et fait rebondir le film vers une scène de réunion et de rires partagés.

Le cinéma est bricolage, partage, enchantement, mais aussi exercice de délicatesse et de réconciliation. __

Michel Gondry
Michel Gondry © Alexey 2244
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