Bernardo Bertolucci est-il devenu un auteur académique?

Cette rentrée 2013 est placée sous le signe de Bernardo Bertolucci : d’abord à la Cinémathèque Française qui, depuis mercredi dernier, lui rend hommage, avec une rétrospective complète de ses seize films. Ensuite, dans les salles, avec Moi et toi, son dernier film, qui marque le retour de Bertolucci derrière la caméra, après une maladie qui l’a contraint à une immobilité définitive et un long retrait, près de dix ans, des plateaux de cinéma.

Né dans la Province de Parme en 1940, Bernardo Bertolucci débute comme assistant sur Accatone de Pier Paolo Pasolini, lequel lui confie rapidement la réalisation d’un scénario, La Comare Secca. Nous sommes en 1962 et c’est le premier film de Bertolucci qui, dans plus tard, s’affranchit de la tutelle pasolinienne et signe Prima della revoluzione. En 1968, il co-écrit avec Dario Argento, le scénario de Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone, étape sans doute majeure et secrète du futur parcours de Bertolucci, sur laquelle nous reviendrons.

Moi et toi
Moi et toi © Radio France

De tous les cinéastes italiens ayant émergé au cours des années 1960, Bertolucci est sans doute celui dont la carrière aura balayé le spectre le plus large, de la fresque monumentale – les cinq heures de 1900 - au huis clos familial, La Luna, du blockbuster chic – Le Dernier empereur par exemple – à l’essai engagé. Des genres, des projets, des pays différents, mais toujours un même tension entre le politique et le sexuel, entre la raison et la folie, entre la volonté de puissance et le dérisoire des hommes de pouvoir, entre le poids figé de l’Histoire et les forces de changement, entre l’Orient et l’occident. Bernardo Bertolucci est, à n’en pas douter, l’auteur d’une œuvre passionnante mais qu’on peut juger inégale, tant du point de vue des budgets que de l’accomplissement des films eux-mêmes – ce sera d’ailleurs l’une des questions qui nous occupera aujourd’hui : le Bertolucci de La stratégie de l’araignée ou du Conformiste, tous deux réalisés en 1970, est-il bien le même que celui qui, vingt ans plus tard, signe Un thé au Sahara ou Little Buddha, deux superproductions que beaucoup ont pris, à l’époque et encore aujourd’hui, pour des reniements ? Comment, après avoir été le protégé de Pasolini, devient-on un jour un super auteur international et multi-oscarisé ? Au fond, entre Le Conformiste et Le Dernier empereur, y a-t-il eu rupture ou continuité, reprise comme on dit en couture, ou violente déchirure, de style, de préoccupations ou d’exigence ? On pourrait, en guise de première réponse, avancer l’hypothèse selon laquelle ce qui relie tous les films de l’esthète Bertolucci, ce qui traverse toute son œuvre, serait une forme de subversion mélancolique qui tente de faire tenir ensemble une veine critique, voire provocatrice, d’obédience pasolinienne, et une dimension toujours intimiste, ignorante du faste des décors, ou des figurants, même si chez Bertolucci, ils peuvent être dix ou bien des milliers.

L'instant BO :

Mission Impossible 2 composé par Hans Zimmer

Mission impossible
Mission impossible © Radio France

Le panier de la ménagère

Le choix de Thierry Jousse : Femmes entre elles de Michelangelo Antonioni Editions Carlotta

femmes entre elles
femmes entre elles © Radio France
Le choix de Stéphane Bou : **_The Connection_ , en salles depuis le 18 septembre 2013** **_Shirley Clarke – L’Expérience américaine_ du 16 au 29 septembre au Centre Pompidou, Paris IVe, tél. 01 44 78 12 33,** Le choix de Jean-Baptiste Thoret :_Le voyage de G. Mastorna_ de Federico Fellini Editions Sonatine
Le voyage de G. Mastorna
Le voyage de G. Mastorna © Radio France

Les liens

Rétrospective Bernardo Bertolucci à la Cinémathèque française Il a été un des plus importants représentants d'une génération de jeunes gens en colère qui débute au cinéma dans les années 1960 en Italie. Prima della rivoluzione en 1964 interroge le rôle de l'intellectuel communiste. Tentation théorique (confronter Marx et Freud) et tentation esthétique (une fascination pour l'opéra) s'affrontent au cœur d'une œuvre qui adapte Borges (La Stratégie de l'Araignée) ou Moravia (Le Conformiste). Les rapports entre le sexe et la société sont au cœur de son énorme succès, Le Dernier Tango à Paris (1972). Le Dernier Empereur, Un thé au Sahara et Little Buddha sont d'ambitieuses fresques qui s'éloignent de l'Europe où il reviendra notamment avec Innocents, réalisé en 2003, et Moi et Toi en 2012, retrouvant ses obsessions premières.

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