Si, aujourd'hui, nous nous apprêtons à parler de cinéma et de philosophie, à évoquer les liens complexes et parfois très simples qui les unissent, c'est peut-être à cause de Platon et de sa caverne qui, il y a plus de 24 siècles, a inventé par anticipation le cinéma -ou plutôt le spectateur de cinéma et le principe de l'illusion. A moins que ce soit Descartes et son "Traité des passions", expliquant notre désir de fiction. Depuis, philosophie et cinéma, philosophes et cinéastes n'ont cessé de croiser leur chemin, d'échanger leurs idées : certains utilisent "Fight Club" pour expliquer Spinoza, d'autres nous rappellent que le réalisateur de "Tree of Life", Terrence Malick fut un élève du philosophe américain Stanley Cavell, ou encore que Gilles Deleuze a consacré au cinéma deux ouvrages monstres sur lesquels bon nombre d'étudiants se cassent régulièrement les dents... La critique de cinéma succombe parfois au charme des noms prestigieux et des citations savantes tandis qu'une partie de la vie de la philosophe allemande Hannah Arendt, vient d'être portée au cinéma.

Qu'est-ce qu'un bon usage de la philosophie au cinéma ? Comment les pensées de Descartes, de Bergson ou de Gilles Deleuze peuvent-elles nous aider à mieux regarder les films ? A mieux saisir ce qu'ils pensent ? Doit-on forcément être familier des théories de Nietzsche ou de Pascal pour comprendre les films de Peckinpah ou de Rohmer ? Les films intellectuels sont-ils ceux qui philosophent le plus, ou le mieux? N'y a-t-il pas, dans quelques blockbusters américains, ou dans certaines comédies hollywoodiennes de Lubitsch ou de Capra la matière idéale à philosopher?

L'instant BO du jour :"The Last Run" de Jerry Goldsmith, 1971:

"The last run", Jerry Goldsmith, 1971
"The last run", Jerry Goldsmith, 1971 ©

Voici l'un des films les moins connus, mais l'un des plus beaux, de Richard Fleisher, cinéaste prolixe à qui l'on doit "20 000 lieues sous les mers", "L'Etrangleur de Boston", "Soleil vert" ou encore "Les Vikings". Réalisé en 1971, "Les Complices de la dernière chance", ("The Last Run" en version originale), suit Harry, un ancien gangster de Chicago, reclus depuis la mort de son jeune fils et de sa femme, dans un petit village de pêcheurs au Portugal. Un jour, Harry accepte pourtant de sortir de sa retraite pour une dernière mission qui lui coûtera cher. "Les Complices de la dernière chance" fut commencé par John Huston, mais Georges C. Scott, mécontent de son travail, obtint de la production son renvoi. Richard Fleisher reprit alors en main le tournage et signa un polar noir et désenchanté, un an avant "Les Flics ne dorment pas la nuit", autre chef-d'oeuvre de son auteur, pour lequel il retrouva Scott.

C'est Jerry Goldsmith, alors au sommet de son activité, qui fut chargé de donner corps et musique à l'humeur mélancolique du film.

Rencontre avec... Philippe Le Guay:

Philippe Le Guay
Philippe Le Guay © DR

Il y a un charme difficile à définir dans des films comme "Trois Huit", "Du Jour au Lendemain", "Les Femmes du 6e étage" ou encore "Alceste à Bicyclette". Cela ne tient pas seulement à la performance de ses acteurs ou à la ciselure de ses dialogues. Plutôt à la manière de faire mouche, mais discrètement, et sans calibrer leurs effets. Dans ses films, il s'agit souvent de faire rire, mais pas à n'importe quelle fin, c'est-à-dire sans enjoliver naïvement la réalité et sans réconcilier tout son petit monde à n'importe quel prix. La bonne comédie se lève sur un fond de tristesse ou de cruauté toujours conservée quelque part dans le film...

Ce n'est sans doute pas pour rien qu' "Alceste à bicyclette" reprend sur le mode du comique flamboyant - mais qui ne finit pas très bien- la trame d'un film social et violent comme "Trois huit" - dont la conclusion semble plutôt apaisée. Les deux films ne se passent pas dans le même milieu et on n'y parle pas la même langue, mais il est à chaque fois question d'un type déprimé qui en bizute un autre, de la manière avec laquelle quelqu'un réussira ou non à trouver une place qui lui appartienne vraiment. Comment trouver sa place, comment ne pas se laisser engloutir par l'agressivité du monde? Mais aussi comment ne pas s'extasier devant les petits bonheurs trop faciles? Quelques-unes des questions qui taraudent ses films...

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