Quel est le bon Dino Risi : le pape de la comédie italienne ou l’homme triste qui s’est avancé masqué en fanfaron ?

« Le militantisme m’ennuie à mourir, a déclaré Dino Risi. Je ne suis pas un militant et je ne l’ai jamais été. Je ne fais ni des films de droite, ni des films de gauche. Je fais des films qui tentent de décrire ce qu’il a de pourri dans la société et les comportements humains. En fait, je pense toujours à l’autre versant d’une histoire, à l’autre point de vue. J’essaye de considérer tous les points de vue en même temps et ne pas prendre un seul parti. C’est le contraire du militantisme. Je déteste le moralisme et je préfèrerais toujours être cruel plutôt que de dire la « bonne » parole ou montrer la « bonne » attitude. La lumière qui part de l’écran pour éclairer le public et lui dire ce qu’il faut penser, ce n’est pas mon truc ». Son truc, c’était ce que l’on a appelé la « comédie à l’italienne » mais au fond, c’était l’homme complexe tout court, dont il fut le plus grand satiriste. Sur la compromission et la perte des illusions, peut-on trouver mieux que Une vie difficile ? Sur le désir d’un père divorcé désireux de briller aux yeux de son fils, peut-on imaginer un meilleur film que Il Giovedi ? Sur les ravages de l’idéologie, même mise au service du bien, quel film plus juste et plus cinglant qu’Aunom du peuple italien ? Du Rat Pack transalpin des années 60 et 70, Dino Risi fut le plus ironique, le plus radical, le plus pessimiste, le plus mélancolique, aussi. Dino Risi est mort en 2008, depuis, comme l’a écrit le scénariste Marcello Marchesi, « Le moral ca va, c’est l’immoral qui est en baisse ».

DinoRisi
DinoRisi © Radio France

Né à Milan en 1917, Risi aurait du devenir médecin psychiatre, mais la vie, ou plutôt le hasard, en a décidé autrement. Une rencontre chez un antiquaire avec Alberto Lattuada et le voilà propulsé dans le milieu du cinéma, d’abord assistant réalisateur, scénariste et enfin réalisateur à partir du début des années 1950. Dino Risi fut l’inventeur des « monstres », ce peuple disparate composé de bourgeois misérables, de petits chefs, d’industriels véreux, de cocus lâches et d’arrivistes prêts à tous les renoncements pour se tailler une part du mirage économique qui euphorise l’Italie d’après-guerre. Mais les monstres, ce ne sont pas les autres, ceux du camp d’en face et dont on rit toujours à bon compte. Les monstres, c’est nous. Satiriste redoutable, le grand Dino a toujours crû à la puissance critique du cinéma populaire et s’il faut aimer ses films, comme ceux de ses compères, c’est moins au nom d’une politique des auteurs réchauffée que parce qu’ils ont su dire au présent et mieux que tant d’autres les contradictions inhérentes à la société italienne de l’après-guerre. Il y a chez Risi un mélange de pessimisme et de tendresse, que le critique Maurizio Grande, dans Il Manifesto en 1992, résuma ainsi : “Dans les films de Risi, il y a l’impossibilité de la norme, un état perpétuel d’inquiétude, une mélancolie de fond que seul le regard comique a su distiller comme dans une éprouvette… Grâce à ce mélange original de complicité et de détachement, d’attraction et de répulsion, on trouve dans le cinéma de Risi la précision d’un style fait de caresses et de grimaces, le regard complice avec les acteurs et la légère nausée pour les demi-vérités et les retentissants mensonges des masques nationaux.”

Les complexés
Les complexés © Radio France / Collection Les Maîtres Italiens SNC
LesignedeVénus
LesignedeVénus © Radio France / Sidonis Vidéo

Au fond, on pourrait aborder le cinéma de Dino Risi et les 60 films qu’il a réalisé de deux manières, pas forcément contradictoires : la première, qui est aussi la plus évidente, consisterait à envisager son œuvre sous l’angle presque exclusif de la comédie vacharde. La seconde, si l’on se souvient en particulier de ses premiers et derniers films - Dernier amour, Ames perdues, Fantôme d’amour – révèle un auteur animé d’une profonde tristesse, hantée par la mort et le vieillissement. Alors quel est le bon Dino Risi : le pape de la comédie italienne ou l’homme triste qui s’est avancé masqué en fanfaron ?

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