Réalisé entre Le Salaire de la peur et Le Mystère Picasso, Les Diaboliques débute par la description de la vie ordinaire d'un pensionnat, univers familier perturbé par l'éclosion d'une machination infernale qui bientôt, aboutit au meurtre. Mais dans le monde sombre et ambigu d'Henri-Georges Clouzot, le meurtre ne fait pas saillie dans le récit de façon scandaleuse, il ne constitue pas non plus l'aberration contre-nature d'un microcosme confronté à sa part maudite mais s'invite, au contraire, comme l'évènement qui cristallise l'omniprésence d'un Mal aux mille visages - qu'il s'agisse de la mesquinerie des professeurs, de l'hypocrisie de voisins réactionnaires ou des désirs inavouables d'une femme trompée. Clouzot filme ici, comme dans ses films, qu'il s'agisse du Corbeau, de La Vérité ou de Quai des Orfèvres, le travail du Mal, traque toutes ses manifestations (de la lâcheté à l'assassinat) et pointe sa capacité à féconder les esprits de ceux qui s'en croyaient prémunis. Où sont les diaboliques ? Où sont les angéliques ? La tentation fantastique qui parcourt bon nombre de films de Clouzot provient précisément de l'effondrement progressif des frontières et prospère sur la dissolution de valeurs que l'on pensait immuables: entre le Bien et le Mal, entre la réalité et l'hallucination, entre les bourreaux et les victimes.

De l'indiscernabilité de la vérité et du mensonge, découle l'un des thèmes privilégiés du cinéma de Clouzot: soit la machination, art du trompe-l'oeil et du trucage, repérable dès son premier film, L'Assasin habite au 21 en 1942, avec son meurtrier à trois têtes.

Au sein de cette humanité pingre et triviale, lâche et délatrice, qui caractérise tous les films de Clouzot, le mal circule entre les individus sans épargner personne, perturbe notre confort moral et finit par contaminer la réalité elle-même. Alors pourquoi les films de Clouzot sont-ils à ce point hantés par le Mal ? Que disent-ils de notre part sombre et de celle de la France dont il fut l'un des radiographes les plus rigoureux?

L'instant BO du jour : "Profondo Rosso", de Dario Argento... au piano

"Profondo Rosso" de Dario Argento, BO
"Profondo Rosso" de Dario Argento, BO ©

Le pianiste classique italien Alberto Pizzo reprend ici la BO de ce film de 1975, (en français: "Les Frissons de l'Angoisse") composée initialement par Giorgio Gaslini et le groupe de Claudio Simonetti, bientôt rebaptisé "Goblin".

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