Affiche de Cadavres Exquis, de Francesco Rosi, 1976
Affiche de Cadavres Exquis, de Francesco Rosi, 1976 © Produzioni Europee Associati

Il est 16h37 ce 12 décembre 1969, lorsqu'une bombe ravage le siège de la Banque Populaire Agricole, piazza fontana, à Milan. L'attentat est meurtrier - 17 morts - et ouvre un cycle noir de l'histoire de l'Italie qu'on baptisera rétrospectivement les années de plomb. Entre les évènements de la piazza fontana et au printemps 1978, l'assassinat, après quatre mois de captivité, d'Aldo Moro, le président de la Démocratie Chrétienne, l'Italie danse au bord d'un volcan politique et social, une zone de guerre qui gronde aussi bien à l'extrême gauche qu'à l'extrême droite: anarchistes radicaux d'un côté néo-fascistes de l'autre, Brigades rouges contre réseau Gladio, stratégie de la tension contre luttes armées, rapts, affaires de corruption, attentats en série, soupçon généralisé de complots, développement de la criminalité, impuissance de justice, ces années de plomb furent, après le miracle économique et son envers moqué par la comédie des années 1960, un terreau fertile qui imprégna une large part du cinéma de l'époque, et tous genres confondus.

Comment le cinéma italien des années 1970 s'est-il fait l'écho d'une société en proie au chaos et à la paranoïa? Quelles formes particulières a-t-il inventé? Pourquoi, cadavres exquis, Nous voulons les colonels ou encore La Police a les mains liées sont bien des films des années de plomb, tous hantés par les mêmes spectres de l'Histoire ?

L'Instant BO du jour : "Rue de la violence", Guido & Maurizio de Angelis

Milano Trema, la polizia vuole la giustizia: Milan tremble, la police réclame la justice. Voici le titre original de La Rue de la violence, formidable polar réalisé par Sergio Martino en 1973, un poloziottescho rugueux et subversif qui suit la trajectoire d'un flic prêt à tout pour venger la mort d'un de ses collègues. En cours de route et à force de poursuites menées tambour battant dans les rues crapoteuses de Milan, l'homme lève le voile sur une autre réalité politique, soit l'instrumentalisation par le pouvoir en place de certains groupuscules extrémistes.

Voici le thème principal du film, une ritournelle fameuse et typique des musiques italiennes des années 1970, composée par Guido et Maurizio de Angelis, qu'on retrouvera au générique de nombreux giallos et polars de l'époque.

Pochette BO Milano Trema, Sergio Martino, 1973
Pochette BO Milano Trema, Sergio Martino, 1973 © Champion/Dania films

Rencontre avec... Bertrand Blier:

Au tout début des "Côtelettes", film réalisé en 2003, on voit Philippe Noiret assis à table et manger de la soupe avec sa jeune maîtresse et son fils. On frappe à la porte, et voilà Michel Bouquet qui entre brutalement dans l'appartement de Noiret. "Je suis venu pour vous faire chier" annonce-t-il à l'assemblée, qui, bizarrement, n'apparaît pas plus étonné que ça, comme si elle attendait secrètement que quelque chose d'un peu nouveau et d'inattendu lui arrive. Un personnage qui fait violemment irruption dans le cadre pour venir perturber une atmosphère morne et déprimante; c'est un début typique dans beaucoup de vos films. Comme s'il s'agissait, pour observer la réaction provoquée, d'introduire un principe de vitalité et de fantaisie caustique dans l'ordinaire accablant : cela donne par exemple l'inoubliable paire formée par Gérard Depardieu et Patrick Dewaere qui, dans "Les Valseuses", son premier long métrage, vient secouer de son insolence une France profonde et pétrifiée.

Bêtement, certains critiques ous sociologues du cinéma français ont tiré de votre filmographie l'idée que vous seriez sans doute misanthrope et même peut-être un peu misogyne. Il semble que l'on pourrait aussi bien dire qu'il est un indécrottable romantique, un idéaliste.

Photo de Bertrand Blier
Photo de Bertrand Blier © JJ Georges

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Programme 2013 - 2014 des expositions de la Cinémathèque franaçsie

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