quelle est la question, l’énigme peut-être, que pose l’étrange cinéma de Paul Schrader ?

« Il s’améliore mais il est encore loin d’être bon. C’est un scénariste brillant mais sûrement pas le réalisateur le mieux à même de filmer ses propres scénarios. Quand on les confie à Martin Scorsese ou à moi, ses histoires décollent. Lorsqu’il les tourne lui-même, ca devient lourd, intello, ça manque de chair, parce qu’il n’a pas de recul. Ce que j’aime dans ses films avant tout, ce sont les idées qui y sont développées, pas la façon dont il les fait vivre ». Ces propos, sévères, de Brian de Palma, recueillis par Laurent Vachaud et Samuel Blumenfeld dans leur livre d’entretiens avec le réalisateur de Pulsions, illustrent assez bien la façon dont les films de Paul Schrader ont toujours été reçus, comme des promesses non tenues, des sujets forts mais abandonnés à mi-parcours, des tentatives salutaires de briser certains des tabous de la société américaine mais une difficulté à exploiter par la mise en scène les ressources dramatiques. Paul Schrader a signé quelques uns des scénarios les plus forts de la fin des années 1970, qu’il s’agisse de Taxi Driver, de Yakuza, d’Obsession de De Palma ou du méconnu mais passionnant Rolling Thunder de John Flynn. En 1978, il passe derrière la caméra et réalise Blue Collar, pamphlet désenchanté sur le monde de travail et des ouvriers américains. Suivront Hardcore puis American Gigolo en 1980, son plus grand succès, objet disco et bressonien, où s’exprime le combat chez lui jamais plié entre un puritanisme revendiqué et un fort désir de transgression. Et puis un remake de La Féline de Jacques Tourneur, Light Sleeper, Patty Hearst, Mishima, Etrange Séduction et Autofocus. Le nom de Paul Schrader évoque immanquablement la violence, la souillure et la rédemption. Une trinité sombre et profondément américaine que cet amoureux de la culture européenne et du spiritualisme asiatique, déclinera dans tous ses films, jusqu’au récent The Canyons, objet éthéré écrit par Brett Easton Ellis, sorti en salles la semaine dernière. Comment, après être né dans le Michigan, d’une famille hollandaise observant les principes rigides de la religion calviniste, Paul Schrader a-t-il pu écrire Taxi Driver ou Raging Bull ? Comment, après avoir été interdit de cinéma et soumis à d’interminables discussions sur la bible durant son jeunesse, peut-on s’émanciper dans le bain libertaire d’Hollywood ? Telle est la question, et l’énigme peut-être, que pose l’étrange cinéma de Paul Schrader

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