Avec notre invité : Jean-Louis Bourget

Si le cinéma américain a toujours été prompt à panser ses blessures, à réparer son Histoire, à la réévaluer par des films et des fictions, qu’il s’agisse du sort réservé aux Indiens ou de la guerre du Vietnam, la question de l’esclavage et du traitement des Noirs a constitué pendant longtemps, un point aveugle, un sujet sensible pour l’Amérique et son cinéma. Et les récentes sorties de Lincoln, de Django Unchained et de 12 Years Slave, pour salutaires qu’elles soient, ne feront pas oublier le peu d’engouement d’Hollywood à s’emparer de l’Histoire des afro-américains.

Un petit rappel : 1865, guerre de sécession et abolition de l’esclavage. Mais pour les Etats-Unis du Sud, les noirs sont toujours ce qu’ils appellent des nègres, une sous-humanité brimée. Débute alors l’âge de la ségrégation et des tristes lois Jim Crow qui durera près de 80 ans : les blancs vivent dans la peur du métissage et de la cohabitation et les noirs dans celle de la terreur d’une justice raciste et arbitraire. Pendant ce temps, que se passe-t-il à Hollywood ?

Tout commence, sans doute, en 1915, avec Naissance d’une nation de Griffith, premier acte du grand cinéma américain et crime fondateur d’une Histoire qu’Hollywood mettra des décennies à remettre à l’endroit. Avec cette fresque qui valorise les actions du KKK et ridiculise les Noirs, Hollywood prend, et pour longtemps, un pli raciste qui marquera l’essentiel des films produits jusqu’au milieu des années 1960. Un racisme naturel qu’enfonce presque malgré lui Le Chanteur de Jazz en 1929 avec ce jeune juif du ghetton de NY se maquillant en noir, à la manière des acteurs de Minstrels shows, afin de faire carrière dans le jazz. Deux ans plus tard, King Vidor enfonce, lui, un coin immense dans le discours ambiant et fait d’Alleluiah le premier film hollywoodien intégralement interprété par de acteurs noirs. A

u cours des années 1930 et 1940, quelques films abordent la question raciale, mais de biais, comme des planètes solitaires à l’intérieur d’une industrie pour laquelle l’histoire des noirs constituent toujours un tabou. Parmi les films qui ont fait entendre une voie dissonante, citons Le Mirage de la vie de de John Stahl en 1934 et son remake magnifique par Douglas Sirk en 1959 ou La Légion noire d’Archie Mayo, film de 1937 dans lequel Humphrey Bogard incarne un ouvrier ordinaire qui succombe aux sirènes du Ku Klux Klan.

C’est à partir de la fin des années 1940, que les premiers films ouvertement anti-racistes voient le jour à Hollywood, Le monde, la chair et le diable, Carmen Jones, L’Esclave Libre de Raoul Walsh, Le coup de l’escalier de Robert Wise avec Harry Belafonte ou encore Du silence et des ombres de Mulligan en 1963. Mais les discours offensifs de Malcom X, les appels au pacificisme de Martin Luther King, les mouvements pour les droits civiques et l’émergence du black power abattront bientôt les digues. L’Amérique, et donc Hollywood, semble désormais prête à affronter la véritable et douloureuse Histoire des afro-américains.

Les noirs deviennent, dans la blaxploitation, des héros à part entière, Herbert Biberman réalise Slaves et Joseph Sargent fait même de l’acteur noir James Earl Jones le président des Etats-Unis dans The Man, en 1972. L’année suivante, Richard Fleischer signe avec Mandingo, le contrechamp trivial et violent d’Autant en emporte le vent, film auquel doit beaucoup le Django de Tarantino. Mais pour autant, personne n’a oublié qu’à Hollywood, pendant des décennies, les champs de cotons rimaient surtout avec la douceur de vivre des maîtres et des propriétaires blancs.

L'héritage de la chair
L'héritage de la chair © Radio France

Un film d’Elia Kazan avec Jeanne Crain, Ethel Barrymore

Titre original : PINKY (Etats-Unis)

Editeur DVD : ESC Conseils

Sortie à la Vente en DVD le 17 Mars 2014

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