L'enseignement du cinéma fait-il du mal à la cinéphilie?

Avec Antoine de Baecque, historien et critique de cinéma et Quentin Mével, délégué général de l'ACRIF

Il y a quelques semaines, Pendant les travaux s’intéressait à la façon dont on pouvait parler de cinéma aux enfants, à la manière dont on pouvait leur apprendre à faire le tri entre les images et les films, à travers des livres, des dispositifs pédagogiques particuliers, des cours d’initiation et d’éveil. Mais très vite, d’autres questions avaient surgi : la cinéphilie, la capacité à comprendre et à ressentir des images est-elle un droit ou un don, relève-t-elle du champ des humanités ou d’un savoir plus secret auquel seuls quelques uns, à force de désir et de pugnacité, aurait accès ? Au nom de quel principe, avons-nous un jour décrété que les institution se chargeraient de l’éducation cinématographique, là où la cinéphilie ne fut, pendant très longtemps, qu’une pratique contrebandière, autodidacte, et sauvage ?

Et puis, en l’absence de CAPES ou d’agrégation de cinéma, qui sont ceux chargés de l’enseignement du cinéma dans les collèges et les lycées ? À partir de quelle histoire du cinéma le font-ils ? Doit-on se résoudre à ce triste constat qui fait du cinéma un objet sur lequel d’autres disciplines de penchent, à l’exception de lui-même ? En 2000, le critique Alain Bergala, après avoir été chargé par Jack Lang du plan « cinéma à l’école », publiait, L’Hypothèse cinéma, dans lequel il s’interrogeait sur la capacité de l’école, et plus généralement des institutions, à enseigner le cinéma et donc à transmettre sa singularité. « Une institution comme celle de l’Education Nationale peut-elle prendre en compte l’art (et le cinéma) comme un bloc d’altérité ? […] Est-ce à l’école de faire ce travail ? Est-elle bien placée pour le faire ? Une réponse s’impose : l’école telle qu’elle fonctionne n’est pas faite pour ce travail, mais elle est en même temps, aujourd’hui, pour le plus grand nombre d’enfants, le seul lieu où cette rencontre avec l’art peut se faire. […] Je ne sais toujours pas si l’éducation nationale peut prendre en compte l’art comme un bloc d’altérité, mais je reste convaincu qu’elle le doit et que l’école à sa base, elle, le peut. " On le voit, l’enseignement du cinéma est une question épineuse, qui continue de diviser, une question prise entre le désir de donner aux élèves la chance d’une révélation, d’une rencontre avec le septième art, et de l’autre la peur que les films, loin d’être pris pour eux-mêmes, soient instrumentalisé à des fins sociales ou littéraires par des profs non formés et subisse le rouleau compresseur normatif propre à toute institution. Au fond, faut-il vraiment enseigner le cinéma ? ### L'instant BO

BO du film Le Mépris de Georges Delerue

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