Périphéries revient évidemment sur les évènements qui agitent depuis plus d’une semaine les banlieues françaises. Comme vous le savez, c’est à Clichy sous bois que tout a commencé le 27 octobre dernier avec la mort, deux adolescents de 15 et 17 ans morts électrocutés. Ils se croyaient manifestement poursuivis par la Police qui dément de son côté. Quoiqu’il en soit (une enquête est en cours) ces deux morts tragiques ont réveillé la colère des banlieues. Une colère souvent exprimée mais jamais jusqu’à un tel paroxysme. Nous retournons donc à Clichy / Montfermeil, dans la nuit de lundi à mardi. Face-à-face, quelques dizaines de jeunes et quelques dizaines de CRS. Entre les deux, seuls interlocuteurs des forces de police, une poignée de militants des associations musulmanes jouent la médiation. Ils tentent, d’apaiser la situation en invitant les jeunes à rentrer chez eux et en accompagnant les habitants à travers les barrages que les policiers ont installés dans le quartier. Mais est-ce le rôle des associations cultuelles d’assurer cette médiation ? En tout cas cette présence en force sur le terrain de ceux que les habitants du quartier appellent les « frères » pose avec insistance la question de la disparition d’un tissu associatif laïc qui voit ses subventions fondre d’année en année. Les associations religieuses sont, elles, très actives et assez structurées dans ce quartier, qu’unanimement, elles ont contribué à calmer au cours de la dernière décennie. Mais au-delà de cette collaboration un peu incongrue même si elle est efficace (Clichy et Montfermeil ont retrouvé un semblant de calme alors que les autres quartiers du département et de la région s’enflammaient), cette mise en avant des militants musulmans pose un certain nombre de questions. Ainsi, il n’est pas inutile de s’interroger sur la future représentation des habitants de ces quartiers. Seront-ils tous demain considérés comme forcément musulmans par les pouvoirs publics qui ne voudront comme interlocuteurs que les acteurs religieux, effectivement présents sur le terrain ? N’est-ce pas à moyen terme la mise en place d’une captation communautaire ou religieuse, de la parole des quartiers au nom du principe de la défense de l’ordre public ?

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