A Châlons-en-champagne se déroulait le Festival Furies, festival de cirque et de théâtre de rue,

Dominique Duthuit y a vu une spectacle de cirque qui s’appelle « Ballet Manchot ».

Il a été créé par la Compagnie Le Cubitus du Manchot, un collectif de quinze jeunes artistes très rock’n roll qui n’a pas froid aux yeux. Ils sont dans la démesure, le travestissement, l’ambiguïté des identités sexuelles, la prise de risque incessante des corps qui se portent, s’envolent ou s’adonnent à des pyramides ascensionnelles vertigineuses. Le tout avec une adresse au public directe et chaleureuse qui nous lie à leur énergie de vie sincère et solidaire. Alors, c’est vrai, ils sont un peu dingues, mais ils renouent avec l’essence du cirque, ils nous confrontent à une manière d’être et de vivre qui cherche à dépasser la normalité, la bienséance, la sécurité, le tout bien réfléchi… ils y vont à fond en utilisant les repères traditionnels du Monsieur Loyal, du clown, de l’orchestre pour déployer dans le plaisir et le danger leurs talents de musiciens, d’acrobates, de voltigeurs.

Le cubitus du manchot
Le cubitus du manchot © Damien Bossis

Au départ, il y a 5 ans, ils n’étaient trois, deux garçons et une fille, acrobates voltigeurs, adeptes de la bascule et du trampoline, leur désir était de pousser plus loin leur recherche d’un cirque collectif et populaire où se mêlent des objets décalés, la danse, la musique et une acrobatie inventive. Aujourd’hui, ils sont quinze.

Quinze personnalités très différentes, le Monsieur Loyal ressemble au Monsieur jack du film de Tim Burton, longiligne et osseux, mi homme, mi femme, le chanteur dans la même veine, très androgyne, juché en haut d’une estrade, fait sortir de son corps sa voix rocailleuse et puissante, la pianiste, quant à elle, est habillée d’une jolie robe fleurie qui laisse voir sa culotte. Ah il n’y a rien de mignon dans ce collectif là, provoquant et décadent à en faire rire les enfants, ils dépassent les bornes pour toucher du doigt des moments de folie et de liberté contagieux…

Si on est dans la tradition du cirque, les numéros qui s’enchaînent dans une chorégraphie collective réglée au millimètre sont tous très novateurs. Il y a un numéro avec un piano très lourd apporté par un des artistes, en le transbahutant l’instrument se déglingue et devient une épave qui ne peut émettre qu’une seule note, la bascule- on dit plus exactement la banquine- qu’ils utilisent est un vieil agrès sur lequel ils se déchaînent pour virevolter dans les airs et retomber sur les épaules de l’autre. Ils défient la fragilité des choses et de leur propre corps pour voir jusqu’où ça tient… ou jusqu’où ça casse. Bref, on est au cirque, spectateur un peu voyeur d’une faune en délire qui ose se montrer telle qu’elle est, on sort de là quel que soit son âge revivifié, plus courageux, plus fort…

Par Dominique Duthuit en partenariat avec la Ligue de l'enseignement

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