C'est une question qui se pose parce qu'un peu plus de 17 millions de Français, nous dit-on dans les études, jardinent tous les jours

Jardiner rend-il heureux ?
Jardiner rend-il heureux ? © Getty

17 millions, c'est beaucoup, d'autant plus que c'est contraignant le jardinage, c'est fatiguant. Il faut travailler presque tous les jours. Et puis, c'est très aléatoire parce qu'un coup de gel, un coup de chaud, un orage de grêle et on peut perdre très vite la somme de tous ces efforts. Et puis, les plantations que l'on fait ne donnent pas toujours exactement comme on espérait. Bref, ça fait beaucoup de soucis. 

Mais d'un autre côté, quand on écoute un peu mieux les jardiniers experts ou les jardiniers du dimanche, il y a, au-delà des tracas et des aléas, un plaisir constant du jardin. 

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Notre Louis de Funès national qui raconte sa passion du jardinage et tout ce que ça lui apporte. Non seulement des salades, c'est merveilleux, les salades. C'est une aventure, dit-il, mais aussi du calme, de la sérénité, de la tranquillité pour cet homme habitué des plateaux de théâtre et de cinéma, le jardin est l'occasion donc, de se retrouver simplement face à lui-même. Loin du tourbillon de la célébrité et du succès. 

Le jardin, espace du retour à soi

Un espace protégé, un espace refuge à l'écart de la vanité du monde et de ses sirènes décevantes ou éphémères. Souvenez-vous notre Voltaire national cette fois, nous invitait à la fin de son conte philosophique Candide. Et ce sont même les derniers mots du texte à "cultiver notre jardin", à ne pas perdre notre temps, à courir derrière des mirages. Le jardin est ici ce qui compte, ce qui constitue à la fois le cœur de notre vie et la tâche à accomplir pour s'accomplir soi même. 

Cultiver son jardin, c'est se cultiver soi-même. 

Pas besoin donc de jardin au sens strict pour le cultiver. Le jardin devient finalement la métaphore pour désigner tous les espaces à soi et jusqu'aux plus secrets de notre vie intérieure. Et si on veut être heureux, il va donc falloir continuer de le cultiver. Pourquoi alors là, c'est un autre philosophe du jardin qui a la réponse. C'est Épicure qui a même fondé une école de philosophie dans son jardin. 

Pour Épicure, le bonheur consiste à désirer des choses simples et non pas des désirs infinis. Désirer être en bonne santé, ne pas souffrir, avoir de quoi se nourrir, mais surtout être entouré de ses amis, pouvoir passer du temps à discuter avec eux. Autrement dit, cela suppose de défricher, de biner, de tailler nos propres désirs dans notre jardin intérieur pour ne garder que ceux qui pourront donner du fruit ou de jolies fleurs et pour se débarrasser des herbes mauvaises qui grimpent partout et qui étouffent tout le reste.

Cultiver son jardin donc, c'est se cultiver soi-même. Entrer dans un nouveau rapport à soi. Travailler sur soi et donc développer, se tailler soi-même. De même qu'on peut tailler un arbre ou donner une forme à un buisson, on peut se tailler en donnant certaines formes à nos désirs et à notre manière de voir la vie. Et c'est aussi apprendre à faire face aux aléas. Ce coup de chaud, ce coup de gel. Ces orages, c'est-à-dire les maladies, les ruptures amicales, la mort. A force de préparation, de patience et de soin. Alors, c'est beau parce que c'est entretenir au fond la conviction que notre bonheur dépend de nous et non pas d'un destin où tout serait déjà écrit. 

Et voilà bien le paradoxe. Le jardin est clos, du moins limité. 

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