Même si la période n'est pas des plus légères avec cette épidémie qui n'en finit pas, le 1er avril reste le 1er avril et reste la journée où tous les canulars sont permis. Mais pourquoi aimons-nous les canulars, même quand on en est la victime ?

Blagues et 1er avril : pourquoi aimons-nous les canulars ?
Blagues et 1er avril : pourquoi aimons-nous les canulars ? © Getty / mediaphotos

Le plaisir du canular, c'est le plaisir de piéger les autres, plaisir aussi, plus étonnant ou inattendu, de se faire piéger, d’y avoir cru et d’être démasqué dans sa crédulité. Mais comment comprendre justement que l’on puisse prendre plaisir à tromper les autres ou bien à être trompé ? Pourquoi avons-nous une telle indulgence pour les amis, les collègues, voire même les inconnus qui nous font des blagues, en caméra cachée ou pas, et qui, d’une certaine manière, nous ridiculisent ? 

Une certaine manière de reconnaître que nous sommes un peu trop crédules…

Oui il y a, dans le canular, tout un jeu de la crédulité et de la révélation de la vérité. L’homme est un animal crédule, qui passe le plus clair de son temps à croire, sans véritablement savoir. Parce que vérifier tout ce que l’on nous dit et tout ce que l’on doit faire, est impossible, ou alors si l’on veut tout vérifier avant d’agir, cela réduit considérablement notre action ou cela augmente considérablement le temps de préparation. Nous passons donc notre temps à croire, à nous reposer sur des habitudes, des régularités, des inductions spontanées : même le plus grand des scientifiques finit toujours par croire que le soleil se lèvera demain comme un petit enfant…

Les canulars nous rappellent à notre vigilance

Les canulars et bobards du 1er avril sont aussi là pour nous rappeler qu’il ne faut pourtant pas abandonner trop vite notre vigilance. Qu’il est bon parfois de se méfier un peu, un peu plus, et que si l’on se fait avoir, c’est donc toujours un peu de notre faute aussi. Que nous sommes vivants et non pas de simples robots mécaniques. Et que quand nous cédons à la croyance mécanique face à quelque chose d’inattendu, alors c’est là que ça devient risible comme le pensait Bergson. 

Mais le piège du canular est aussi un piège métaphysique ! 

Cela veut dire un piège qui est rendu possible par la manière dont le réel se présente à nous. Pour chacun de nous le monde se présente dans sa contingence. Et la contingence c’est le grand règne de la possibilité. Tout est possible dans notre monde au sens où on n’a pas fini de découvrir la diversité et la complexité du réel et des autres personnes avec qui nous traversons le monde. Tout est possible certes, mais tout n’est pas plausible ou également probable. Et c’est précisément parce que c’est possible que l’on tombe dans le piège. Mais c’est aussi précisément parce que ce n’est pas probable que c’est un piège… Mais encore une fois, on ne peut pas passer son temps à philosopher sur tout ce qui nous arrive pour se demander si c’est du lard ou du cochon, du possible, du plausible ou du probable. Parce que nous devons vivre, agir, nous devons simplifier notre rapport au réel et aux autres. 

Le plaisir que nous avons à monter des canulars et le plaisir paradoxal que nous avons même à en avoir été victime, puise je crois au même principe : celui d’avoir exploré les possibilités alternatives et proprement incroyables du réel. Le 1er avril c’est un peu le carnaval de la croyance où tout est permis pour explorer l’étendue de notre crédulité. 

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.