Thibault de Saint Maurice nous emmène sur les courts de tennis de Roland Garros et vous invite à suivre des yeux une petite balle jaune qui, entre deux joueurs qui s'opposent, révèle en réalité la vertu sociale que représenter un échange entre deux personnes au-delà de la logique compétitive.

Comme au Tennis, la vie est un magnifique échange perpétuel entre autrui et soi-même
Comme au Tennis, la vie est un magnifique échange perpétuel entre autrui et soi-même © Getty / Orbon Alija

Oui, parce que, ça y est, le printemps est bien installé. Enfin, même si on vient d'apprendre qu'il a entre une et trois semaines de retard pour la floraison… Il fait enfin un peu plus beau. Et, surtout, enfin, le tournoi de Roland-Garros a commencé en début de semaine. Un gros marqueur du printemps. Et depuis une semaine, les plus grands champions de la discipline se renvoient la balle en essayant de gagner le point. Et, point après point, de gagner le match. Et pour ça, c'est assez simple, en tout cas sur le papier, pour gagner, il faut renvoyer la balle en telle sorte que l'adversaire ne puisse plus la renvoyer ou bien qu'il la renvoie mal comme étant une faute. C'est toujours plus facile à dire qu'à faire. 

Le tennis est un sport théâtral, spectaculaire en son déroulement même

Un match, c'est comme une pièce de théâtre. Les manches sont comme des actes et les jeux sont comme des scènes et les échanges sont comme des répliques. Et, comme au théâtre, où la réussite d'une scène dépend de la performance des deux ou trois acteurs réunis, eh bien au tennis aussi, un bon match est une rencontre réussie entre le jeu de deux joueurs qui ont tous les deux un bon coup de raquette. 

Et pourtant, il faut bien qu'il y ait un joueur meilleur que l'autre. 

C'est bien là à la fois le paradoxe et la magie du tennis, qui, comme tous les sports repose sur un principe assez simple : la victoire va aux meilleur. C'est le plus fort qui l'emporte et c'est amusant parce que on a, dans nos sociétés contemporaines, construit un ensemble d'institutions qui éliminent le droit du plus fort dans toutes les dimensions de notre vie sociale et politique. Mais on le réserve à un seul domaine : le sport. Et dans le sport, la force continue de donner droit à la victoire et à la célébration. 

Pourquoi ? Parce qu'il faut bien qu'il y ait un gagnant. Et puis, la force est très reconnaissable et sans disputes. Ça veut dire que la force permet d'identifier de manière indiscutable un vainqueur. À une condition quand même que ce vainqueur respecte les règles. Voilà pourquoi la force est acceptable dans le sport. C'est parce que le respect de règles la purifie de toute violence. 

Le tennis réunit toutes les caractéristiques de l'affrontement 

Entre deux ou quatre joueurs qui entrent dans un match comme dans un duel face à face à s'envoyer des balles de toutes leurs forces. Sauf qu'un grand match, tous les amateurs vous le diront, n'est pas un match dans lequel un joueur est bien plus fort qu'un autre, il y a une contradiction, du moins une tension entre deux logiques : plus un joueur est supérieur à l'autre, plus il gagne facilement, mais moins la rencontre, les échanges ou les manches sont intéressantes, moins le spectacle de l'affrontement est assuré. En revanche, plus les joueurs vont se disputer chaque point, plus ils sont dans l'échange, plus ils déploient le meilleur de leur jeu, et plus comme au théâtre toujours, la performance est belle. 

Le paradoxe, c'est que pour que le match soit beau et sportivement intéressant, il faut que les joueurs matchent entre eux. Un peu comme sur une appli de rencontres. Le tennis, en ce sens, c'est pas tant le spectacle d'un affrontement que celui d'une belle rencontre. Les styles de jeu peuvent être très différents, comme celui d'un Nadal ou d'un Federer. Mais si chacun donne le meilleur de son jeu, alors chacun permet à l'autre de développer le meilleur du sien. 

La rencontre se fait par-delà les différences : la victoire n'est jamais totale 

Et le secret du tennis, ça tient à ça : la victoire n'est jamais totale. Elle n'est jamais une domination pure puisque, au fond, on tient toujours sa victoire autant de soi-même que de son adversaire. C'est comme dans la vie, finalement, où nous nous recevons des autres autant que nous, nous faisons nous-mêmes. Mais au tennis, c'est un peu plus clair parce qu'il y a une petite balle jaune qui indique ce lien entre les joueurs. Alors, je vous invite à contempler, à aller chercher maintenant dans votre vie, de repérer cette petite balle jaune de nos échanges, même disputée avec les autres. 

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