Difficile de garder espoir ces derniers jours: une pandémie, des attentats, une guerre aux frontières de l'Europe...Et pourtant il reste la lumière fragile de la poésie pour nous rappeler que la beauté crée le monde.

Le réel est inquiétant, tragique ou décevant et notre petite condition de petits scarabées paraît tout d’un coup moins enviable. Ça ne va plus pour le mieux dans le meilleur des mondes et peut être finalement faut-il céder aux conceptions les plus pessimistes : la condition humaine est incompatible avec le bonheur et l’humanité court à sa perte…

Sauf qu'au beau milieu de cet océan de mauvaises nouvelles, continue de scintiller la lumière d’un phare fragile : je veux parler de la lumière de la poésie, comme le rappelle opportunément la nouvelle édition de l’anthologie-manifeste Habiter poétiquement le monde parue il y a quelques semaines aux éditions Poesis. Avec plus de 150 contributions de poètes, d’artistes ou de philosophes qui défendent la poésie, cette anthologie est une formidable invitation à transformer notre rapport au monde pour en contempler la beauté et apprendre à vivre autrement. 

Mais comment la poésie peut-elle nous sauver ? 

La promesse peut paraître un peu naïve, d’autant que la poésie et les poètes aujourd’hui ont une voix assez confidentielle. Mais souvenez-vous Ali de ce que disait Nietzsche : « nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité » ! Et c’est tout le pari de cette anthologie : nous proposer une sorte de refondation poétique de notre existence. Et à lire ces textes on comprend que cela n’est pas réservé à une élite et n’est pas non plus qu’une affaire de vers, de rimes et de jolies métaphores. Pourquoi ? 

Parce que comme on le lira dans le texte du philosophe américain Emerson : « chaque homme est assez poète », la poésie est l’affaire de toutes et de tous, de chacune et de chacun. Elle est une ressource commune, propre à l’homme, qui lui permet de voir le monde, de voir les autres et de se voir lui-même autrement que comme des sociétés de consommation, autrement que comme des êtres d’action et de pouvoir.

A lire ces textes, on comprend que la poésie est un refuge et une arme, un regard de côté et une certaine manière de faire le tri entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas, elle se rencontre tous les jours, dans une certaine présence aux êtres, aux choses et aux situations, comme l’écrit le poète et écrivain Christian Bobin, « C’est une mère, écrit Christian Bobin, qui remet l’ourlet du drap au bord du visage de son enfant endormi, et c’est comme si elle prenait soin de toute la vie étoilée. A la même seconde, le geste de cette mère se double. De la même main, elle couvre son enfant pour qu’il n’ait pas froid et apaise tout le noir qu’il y a entre les étoiles dans le ciel. Ce geste est tellement simple qu’il a des résonnances infinies ». Voilà un exemple tout simple de cette manière d’habiter poétiquement le monde : en faisant des gestes simples dans la doublure desquelles nous manifestons une attention pleine et entière à ce qui est ! 

Alors peut être en cette période si particulière pouvons-nous prendre le temps de redécouvrir, chacun de nous, cette poésie qui fait la doublure de nos vies. Ce n’empêche pas de tomber malade, ni ne protège du terrorisme, ni ne permet de sauver la planète, mais cela donne assurément confiance en la beauté du monde et en la beauté de notre existence. Et à quoi bon se battre, a quoi bon y croire, si ce n’est pour sauver la beauté ? 

Tous ces textes sont magnifiques et vous pouvez les retrouver dans l’anthologie-manifeste Habiter poétiquement le monde aux éditions Poesis. 

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