Cette semaine on mange des galettes des rois, on tire les rois donc en répartissant les parts au hasard. Mais ce hasard fait-il toujours bien les choses ? Fait-il mieux les choses que le destin ?

Le hasard
Le hasard © Getty / Tara Moore

Quand on mangue une galette des rois, on découpe les parts et puis on les attribue sans les choisir, on tire les rois comme on dit, on les tire au hasard, et au hasard de cette distribution des parts justement, l’un ou l’une se retrouvera avec la fève. 

Et cette distribution a l’immense mérite d’être considérée comme juste et sans appel. Sauf pour les enfants et on en connaît tous, qui sont capables de trouver injuste qu’ils n’aient pas eu la fève, tout le monde accepte assez bien que le hasard puisse désigner le roi ou la reine.

Alors pourquoi cela nous paraît juste ? 

Parce que nous étions tous égaux devant cette galette. Le hasard ici semble donc plutôt bien faire les choses, tellement bien faire les choses, que ce hasard du tirage au sort revient en grande force ces derniers temps, au secours même de notre démocratie : on tire des citoyens au sort à propos du climat, à propos de la vaccination et si vous voulez mon avis, ça ne va pas s’arrêter là ! 

Le tirage au sort en politique a le mérite de rappeler que nous sommes tous égaux et tous capables d’exercer une responsabilité politique, que toutes les voix comptent donc. C’est une sorte de retour aux sources, au principe même de la démocratie, quand, il y a plus de 2 000 ans en Grèce, on tirait au sort les représentants et les juges au moment même où s’inventait la démocratie…

Mais le hasard ne fait pas toujours bien les choses...

Le hasard fait peur aussi et le tirage au sort inquiète parce qu’il est précisément imprévisible. C’est le risque de la loterie. Le hasard se fait parfois hasardeux, on lui reproche son absurdité, c’est à dire son absence de sens : c’est le hasard incompréhensible de l’accident, de la maladie, de l’échec. Et comme parfois, le hasard devient insupportable, on lui préfère son frère ennemi : le destin. Même si cela ne change rien à ce qui arrive, on préfère penser que ce qui arrive arrive pour une bonne raison. 

C’est peut être rassurant, mais c’est encore une manière de subir ce qui nous arrive. Et surtout une autre manière de combler notre ignorance. Croire au destin, c’est croire que quelqu’un ou quelque chose de supérieur, a déjà tout décidé de nos vies et que donc ce qui nous arrive n’arrive jamais par hasard justement. Le philosophe Spinoza disait que Dieu était l’asile de l’ignorance. Asile au sens de refuge. Pour Spinoza en effet, quand les hommes ne comprennent pas ce qui leur arrive, ils finissent par l’expliquer par la volonté de dieu, et donc par le destin. 

Mais tout le problème du hasard, c’est qu’il est tout autant le signe de notre ignorance

Le hasard est souvent la cause que l’on convoque en derniers recours. Comme aucune autre explication n’a été retenue, alors on dit "c’est arrivé par hasard…". Quand nous croyons au hasard ou au destin, dans les deux cas, nous faisons partie de ceux qui ne savent pas pourquoi les choses arrivent. Le hasard comme le destin sont les deux clignotants de notre ignorance. Et les clignotants d’une condition métaphysique singulière qui nous distinguent des autres êtres vivants. 

En fait nous ne savons pas pourquoi nous existons, pourquoi ce monde, pourquoi nous n’avons pas eu la fève,  bref comme dirait le philosophe Leibniz : pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien… Comme nous ne savons pas, on répond "par hasard", ou on répond que tout était déjà écrit… La seule différence entre les deux, et elle est de taille, c’est que le hasard ouvre le champ des possibles. Si c’est par hasard que je n’ai pas eu la fève, rien n’empêche que je puisse l’avoir la prochaine fois… rien n’empêchait même que je puisse l’avoir aujourd’hui… ça valait donc le coup d’essayer, de se mettre autour de la table et de croquer à pleines dents dans sa part ! 

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