N'en déplaise à ceux qui voient dans les séries, le nouvel opium du peuple, les séries, du fait de leur sérialité et de l'attachement aux personnages qu'elles impliquent, peuvent nous transformer et nous faire du bien...

il y a dans les séries qui sont produites depuis une trentaine d’année, un changement de braquet, à la fois quantitatif et qualitatif qui a profondément modifié la place des séries dans nos vies. Les séries, on en parlait peu, voire pas du tout avant et elles avaient pour principale fonction de boucher les trous des grilles de programme des chaînes de télé. Aujourd’hui elles sont devenues un véritable genre artistique, à part entière, de plus en plus autonome par rapport à la télévision elle-même et par rapport au cinéma aussi, dans l’ombre duquel les séries ont pourtant été longtemps pensées. 

Et si certains voient dans le succès général des séries, un nouvel opium du peuple, capable d’endormir ceux qui les regardent…c’est tout simplement qu’ils ne les regardent pas vraiment parce qu’ils restent emprunts d’une forme de snobisme ou si vous préférez de mépris social à l’égard d’œuvres réellement populaires. 

Alors bien sûr, il y a séries et séries, certaines sont plus importantes que d’autres, certaines sont ratées et d’autres sont des chefs d’œuvre…certaines sont assez peu innovantes et d’autres nous font voir le monde autrement…

Mais comment une bonne série peut-elle nous transformer et nous rendre meilleur ? 

Précisément parce qu’une série est une série et que sa sérialité, c’est-à-dire sa variation dans le temps, nous attache, nous engage et finalement nous éduque et nous donne les ressources nécessaires pour nous perfectionner. C’est ce que montre la philosophe contemporaine Sandra Laugier dans son dernier livre qui s’intitule Nos vies en séries et c’est ce qui permet de penser selon elle, l’importance des séries pour une meilleure compréhension de nous-même et de nos relations avec les autres. 

Les séries nous éduquent d’abord parce que régulièrement, les meilleures d’entre elles nous plongent dans des univers avec lesquels nous sommes peu familiers. Il y a 25 ans, Urgences, nous faisait entrer dans les coulisses d’un hôpital, tout comme Hippocrate aujourd’hui. Avec une série comme Un village français, on est plongé pendant 7 saisons dans l’époque de l’Occupation. Engrenages pendant 8 saisons permettait de mieux comprendre les coulisses de la police et du monde judiciaire. En nous familiarisant avec ces univers peu connus, les séries nous proposent sur la durée, d’élargir notre expérience du monde et de transformer des réalités sociales ou professionnelles aussi peu accessibles que la prison, un service de renseignement ou une agence de talents pour le cinéma, en transformant ces réalités peu accessibles donc, en référence commune, en expérience dont on peut désormais parler ensemble à partir d’un cadre commun.

Mais les séries éduquent aussi notre attention : elles nous attachent à des personnages et à des situations qui nous rendent plus attentifs aux détails, aux besoins singuliers des uns et des autres. Comme le dit Sandra Laugier, en livrant des personnages à notre attention sur de longues durées, elles nous apprennent à prendre soin et à être plus attentifs ensuite aux situations de la vie ordinaire. Et puis, comme on a pu le voir encore récemment avec la série En thérapie, la série est une forme de fiction qui permet de raconter dans le détail, la possibilité de se transformer, de changer et finalement de ne pas rester coller à toutes les étiquettes que la vie nous colle. 

Voilà il y a bien d’autres arguments développés dans ce livre à lire entre deux épisodes de série, mais au moins avec ces deux-là, s’ouvre la possibilité de penser et de comprendre pourquoi suivre une série peut nous faire du bien individuellement et collectivement ! 

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