Comment pouvons-nous prendre plaisir à être trompé ? C'est la question que pose la magie de spectacle et ses tours surprenants. La magie nous fait du bien parce qu'elle réveille en nous une crédulité innocente.

La magie nous fait du bien parce qu'elle réveille en nous une crédulité innocente
La magie nous fait du bien parce qu'elle réveille en nous une crédulité innocente © Getty

La magie de spectacle, légère, spectaculaire, à portée de main, très divertissante, pose pourtant une question importante : comment pouvons-nous prendre plaisir à être trompé ? Comment même en arrivons-nous à accepter le fait d’être trompé justement comme un divertissement plaisant ? D’habitude nous n’aimons pas trop les illusions : à travers elles nous nous découvrons faibles, fragiles, manipulables et elles ont tendance à nous laisser un goût plutôt amer dans la bouche. 

Et pourtant avec un jeu de carte, une pièce de monnaie ou des petites boules en mousse l’illusion devient plaisante et nous acceptons que l’on nous ait trompé. Vous me direz c’est pareil au cinéma ou au théâtre : on pleure à la fin de Titanic alors que l’on sait bien que Leonardo ne meurt pas vraiment 

C’est vrai, la fiction exige de nous une suspension de notre incrédulité, mais elle nous donne de bonnes raisons pour cela : il y a une histoire, une mise en scène, des personnages attachants, des émotions fortes…. Bref tout plein de raisons pour accepter le temps du film ou de la pièce, de croire aux aventures des personnages. Mais le magicien lui réduit précisément le spectacle à l’illusion : on sait que ce sont des tours qui reposent sur des trucs : la tromperie est explicite. Et c’est ce que nous cherchons et c’est ce qui constitue le plaisir très particulier de la magie de spectacle… 

Mais comment un tel plaisir est-il possible ?  

C’est d'abord le plaisir de la surprise, de la bonne surprise. Au sens où ce qui nous surprend c’est que l’impossible paraisse possible. La magie substitue à la nécessité d’une causalité, l’absence de causalité ou la dissimulation de la causalité : un lapin sort du chapeau sans que l’on puisse en déterminer la cause. Et cette rupture dans la causalité habituelle du cours des évènements est proprement spectaculaire. D’une certaine manière elle nous ramène à l’enfance et à ces causalités improbables teintées de poésie à travers lesquelles le monde s’anime

Mais le plaisir de la magie est donc ainsi très directement un plaisir de l’illusion. Il est le signe d’un désir secret : celui que les choses puissent s’affranchir parfois de la logique du réel. Ainsi comme le reconnaît le philosophe Nietzsche, nous ne condamnons pas toutes les illusions, toutes les tromperies ou toutes les manipulations, mais seulement celles dont les conséquences sont néfastes. La vérité n’est pas pour nous la plus haute des valeurs, de même que le mensonge n’est pas le pire des vices, seules comptent les conséquences….
Et dans le cas de la magie de spectacle, la manipulation qu’elle réalise ne nous est pas préjudiciable,  mieux même, elle nous fait du bien !   Elle nous montre que nous pouvons prendre plaisir à un évènement sans le comprendre. Que même le fait de ne pas comprendre puisse être plaisant. Elle nous apprend à faire de la place dans notre vie pour reconnaître le surgissement d’effets heureux et inattendus, elle nous apprend à ne plus avoir forcément peur de l’imprévu et de ce qui peut en sortir. 

La magie de spectacle n’est donc pas qu’une forme superficielle de divertissement, elle nous ramène au contraire à une forme de crédulité spontanée qui révèle notre adhésion au monde et sans laquelle nos vies ne seraient que des ombres d’elles-mêmes. 

Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.