Entre fin d'études et début de vie professionnelle, le stage est une étape un peu obligée dans le parcours de formation. Mais que faisons-nous au juste en stage, quand ce ne sont pas juste des photocopies et du café ?

À quoi peuvent bien servir les stages ?
À quoi peuvent bien servir les stages ? © Getty / 10'000 Hours

À l'occasion de la fin de stage de la stagiaire de Grand Bien Vous Fasse, une chronique en forme de dédicace, pour penser aussi à tous ceux qui n’ont pas pu faire de stage ces derniers mois et à tous ceux qui ont eu, ou qui ont encore des conditions bien difficiles de stage en raison de la pandémie. 

Et enfin, une pensée aussi pour tous ceux dont le stage n’a pas tenu ou ne tient pas ses promesses : les stages « photocopies-café » comme on dit où l’on apprend pas grand-chose, et au contraire les stages prétextes, ceux qui évitent d’embaucher et qui exploitent le travail du stagiaire en lui demandant la même chose qu’un salarié, mais sans la reconnaissance et les droits qui vont avec. 

Le stage est une situation mélangée

Où l’on est encore en formation et pourtant déjà sur le terrain, où l’on est déjà en train de travailler et pourtant pas complètement reconnu. C’est une sorte de ligne de crête sur laquelle il est bien difficile d’avancer pour qu’il soit réussi. Mais quand il est réussi et que cela se passe bien, alors il est un formidable outil de formation.

Parce que le stage permettrait de passer de la théorie à la pratique. C’est, du moins, ce que l’on attend de lui. Mais ce n’est pas si simple. Parce qu’il n’est pas certain que la différence entre la théorie et la pratique soit bien pertinente. 

D’un côté, on peut penser que pour savoir-faire il faut commencer par savoir. Et que donc la théorie, comprise comme un ensemble de connaissances détachées de l’action, doit précéder la pratique. D’un autre côté, on peut penser au contraire que pour savoir, il faut commencer par faire, parce que c’est la seule manière d’apprendre quelque chose d’utile et d’opérationnel…

D’un côté donc, le stage devrait venir couronner les études, d’un autre côté, c’est la multiplication des stages, ou le rythme alterné jusqu’à une forme de compagnonnage qui serait la meilleure manière de se former.

Mais dans les deux cas, cela suppose de maintenir une différence entre la théorie et la pratique. Or cette différence n’a pas vraiment de sens, comme le pense le philosophe américain Dewey (que tout le monde connait puisque c’est lui qui a inventé la classification numérotée que l’on trouve dans les bibliothèques – anecdote qui n’a rien à voir. Pour Dewey, une connaissance qui ne se traduit pas directement par des conséquences dans la réalité n’est pas vraiment une connaissance. Et une pratique qui n’est pas réfléchie, ne nous apprend rien. Il faut donc penser ensemble théorie et pratique comme les deux faces d’une même expérience. 

Mais qu’est-ce que c’est faire une expérience ?

C’est un mouvement en trois temps nous dit Dewey : quelque chose que l’on fait, quelque chose que l’on éprouve et le lien que l’on fait entre les deux. Le premier temps est actif : j’approche ma main du feu, le deuxième temps est passif, je ressens de la douleur, le troisième temps est réflexif : le feu ça brûle et c’est donc dangereux.

Le bon stage, celui qui permet d’apprendre quelque chose, doit donc être pensé sur ce modèle de l’expérience : où l’on fait, où l’on éprouve les conséquences et où l’on réfléchit au lien entre les deux. Et comme les situations professionnelles sont un peu plus compliquées que d’approcher sa main du feu, le stagiaire a besoin d’être guidé par un tuteur qui va l’accompagner dans ces trois temps de l’apprentissage. Ainsi l’expérience du stagiaire, s’enrichit de celles des autres.

Le stage ce n’est pas seulement une application de ce que l’on a appris avant, ce n’est pas non plus un moment où l’on fait et où l’on n’a plus rien à apprendre, c’est la parfaite synthèse entre les deux : une expérience pleine et réfléchie d’apprentissage. Et quand ça marche, tout le monde en profite ! 

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