L'admiration est une disposition essentielle de notre esprit qui nous ouvre à une nouvelle manière de regarder le monde et les autres. Mais en quoi l'admiration nous rend-elle meilleurs ?

En quoi l'admiration nous rend-elle meilleurs ?
En quoi l'admiration nous rend-elle meilleurs ? © Getty / Wonwoo Lee

Ce matin je vous invite à développer votre faculté d’admiration !

J’ai lu le livre de notre camarade Eric Libiot dont nous parlons ce matin, Clint et moi, et même si j’ai appris en le lisant qu’il avait eu 5/20 au bac philo, ce livre est assez formidable. Il est merveilleusement bien écrit, on apprend beaucoup de choses sur l’œuvre de Clint Eastwood et sur Eric Libiot. Mais bon autant Clint Eastwood on voit bien l’intérêt, autant Eric Libiot on voit moins. Et pourtant c’est précisément la relation entre les deux qui est essentielle. Pourquoi ? Parce que le petit gars breton exprime au long de ses pages son admiration authentique et salutaire pour Clint. Et vous savez quoi, eh bien elle se fait rare aujourd’hui l’admiration authentique et sincère. 

Dans notre belle époque de l’internet des réseaux et des selfies, l’admiration que l’on porte à quelqu’un se trouve souvent réduite à un clic, un like ou un « j’aime », ou à une photo avec la personne que l’on admire mais sur laquelle on se retrouve paradoxalement au premier plan…

Rien de tel dans Clint et moi, au contraire la présence du moi n’est que le révélateur de la puissance créatrice de Clint et de l’admiration qu’elle suscite. Et il faut bien 215 pages pour détailler et expliquer comment le fait d’admirer quelqu’un transforme votre vie

Mais en quoi l’admiration nous fait-elle du bien ? 

D’abord parce que l’admiration est une disposition de notre esprit à l’ouverture. L’admiration révèle notre capacité à nous étonner, à reconnaître la nouveauté et l’intérêt d’une personne, d’un paysage, d’un sujet qui nous intrigue et qui va nous mettre en mouvement pour nous donner envie d’en savoir plus. Qui va nous tirer vers le haut comme le laisser penser l’étymologie : ad-mirer c’est regarder vers… En cela, comme l’explique Descartes, dans son traité des Passions de l’âme, elle est la première des passions. 

Elle est le mouvement premier de la connaissance

Ce qui témoigne en nous, de notre disponibilité à la connaissance. Contrairement à ce que l’on pense parfois, l’admirateur n’est pas passif, mais actif, il cherche à comprendre et montre qu’il est capable de voir le nouveau, l’original, le singulier, là où les autres ne voient qu’un élément commun du monde. Admirer Clint Eastwood, ce n’est pas être aveuglé par la lumière d’une star hollywoodienne, mais c’est au contraire chercher à comprendre l’homme derrière la star pour mieux saisir l’importance de l’œuvre. 

Et puis deuxième raison, l’admiration est une juste relation aux autres. Elle est une sorte de juste milieu entre d’un côté l’indifférence parfois teintée de jalousie pour les autres, et de l’autre côté la fascination idolâtre du fan. L’admirateur n’est pas un fan, il ne s’identifie pas, il est bien conscient de toute la différence entre lui et celui qui l’admire. Mais il sait aussi tout ce qu’il lui doit, tout ce que cette admiration change dans sa vie. Notre ami Libiot par exemple sait que c’est Eastwood qui lui a appris ce que c’est qu’un héros et comment devenir le héros de sa propre vie. 

Voilà bien le ressort essentiel de l’admiration : en portant notre intérêt sur la vie de quelqu’un d’autre, elle transforme notre vie en retour et nous en rend davantage les maîtres et sujets. Elle révèle que nous nous recevons davantage des autres que de nous-même, et que sans admiration première, nos vies sont toutes grises, parce qu’elles ne seront jamais colorées par les nuances de l’amour ou de l’amitié. 

Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.