Une petite crevette joue les sentinelles dans nos cours d'eau pour révéler la pollution.

Couple de gammares
Couple de gammares © irstea

Les premiers gammares utilisés ont été prélevés dans le milieu naturel. Depuis les chercheurs se sont lancés dans l’élevage. Les crevettes sont sélectionnées, calibrées pour obtenir une population homogène. Puis on les enferme dans des caisses en plastiques criblées de trous pour laisser passer l’eau. On les immerge dans un cours d'eau. une semaine pour les mâles, deux à quatre semaines pour les femelles. Si elles sont en contact avec un polluant, les crevettes changent de comportement. Elles s’alimentent moins et leur cycle de reproduction est perturbé. Ces anomalies-là trahissent la mauvaise santé d’un cours d’eau.

Les crevettes sont ensuite analysées en laboratoire. Pour cela, évidemment, il faut les tuer. Elles révèlent la présence ou l’absence de polluants dans le milieu où elles ont été trempées. Et les résultats sont plus fiables que des expériences menées à partir d’échantillons d’eau prélevés dans les cours d’eau. L’enjeu est énorme : on trouve de tout dans nos rivières. Détergents, résidus de médicaments, perturbateurs endocriniens et même des PCB pourtant interdits depuis 1987 en France. Ces molécules sont persistantes dans l’environnement, elles se cachent dans les sédiments et réapparaissent lorsque le courant secoue un peu le fond des rivières. Le milieu aquatique a été contraint d'avaler, sans pouvoir les digérer, des milliers de polluants chimiques.

Couple de gammares
Couple de gammares © irstea

L’Europe impose de surveiller 50 polluants. Grâce aux crevettes, les scientifiques sont capables d’en détecter plusieurs centaines.La surveillance va confirmer l’échec de la reconquête de nos milieux aquatiques . La directive européenne impose de retrouver une bonne qualité de l’eau en 2016 c'est-à-dire demain. Les gammares, les petites crevettes, sont déjà en train de nous dire : vous n’y arriverez pas.

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