Restauration d'un ruisseau
Restauration d'un ruisseau © Dervenn

Le point sur la compensation pour la biodiversité.

Connaissez vous l’histoire du pique-prune ?

C’est un insecte amateur de vieux arbres. Ce scarabée de quelques centimètres a bloqué pendant six ans la construction de l’autoroute A 28 entre Le Mans et Tours.

Avec ses gros bras, le pique-prune a fait barrage aux bulldozers. Espèce protégée, il vivait dans les cavités de six arbres situés sur le trajet. Pas question de les abattre. Il a fallu conformément à la loi déplacer les arbres à l’écart du bitume. L’habitat du pique-prune était sauvegardé. L’autoroute a eu le champ libre. C’est un exemple de compensation pour la biodiversité.

Et c’est inscrit dans la loi française depuis 1976 mais cette loi n’a pas été respectée pendant des décennies.

Le principe est louable et repose sur un triptyque : éviter, réduire, compenser .

Éviter les impacts d’un bétonnage sur la nature. Les réduire , quand on ne peut pas les éviter.Compenser leurs effets, si possible en recréant des zones naturelles ailleurs, en déplaçant des mares, par exemple, pour préserver les amphibiens.

Mais dans cette loi de 1976 il était écrit «compenser si possible ».

Et cela a permis aux aménageurs de dire «eh bien non, ce n’est pas possible ». Il a fallu attendre plus de trente ans une directive européenne pour que cela devienne une obligation .

Aujourd’hui des projets sont contestés au nom de cette obligation

C’est le cas du projet de construction du Center Park à Roybon dans l’Isère. Car, construire des piscines artificielles pour les futurs touristes suppose de bétonner des cours d’eau naturels. Les promoteurs doivent trouver des sites dans le même bassin versant pour compenser ces destructions. Pour le moment ils ne trouvent pas.

Et on peut s’interroger sur la pertinence de la compensation. Comme les droits à polluer, elle exonère les bétonneurs : puisque je compense d’un côté, je peux artificialiser de l’autre.

Même si cela renchérit les coûts de construction ils s’en tirent à bon compte.

Et de toute façon on ne peut pas recréer la nature. C’est une chaîne tellement complexe. L’homme ne fera jamais aussi bien que le milieu naturel quand il se débrouille tout seul.

Patrice Valentin est président de Dervenn , société de génie écologique. Son métier est de conseiller les aménageurs pour limiter leurs impacts sur l’environnement.

Et il confirme : «La nature, on ne la comprend pas, et on ne sait pas la fabriquer ».

Alors mieux vaut éviter de la saccager.

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