Loire
Loire © JM Salomon /

Un projet de pont sur la Loire. Est-ce bien raisonnable au moment ou le parlement s'empare de la loi sur la biodiversité ?

Quel rapport entre l’andouille de Jargeau et le Balbuzard pêcheur ?

Cette spécialité culinaire du Loiret -c’est bon- et l’oiseau -si beau- sont bercés par la Loire.

En 1996, un projet de doublement du pont de Jargeau sort des cartons. A l’époque on prévoit une croissance du trafic routier de deux pour cent par an. D’où la nécessité de soulager le trafic et de construire une nouvelle voie pour enjamber le fleuve.

Comme souvent les prévisions de trafic se sont révélées fausses.

La circulation diminue de un pour cent par an depuis l’an 2000. Ce pont sacrifierait une zone naturelle au tout routier, en contradiction avec les impératifs de la COP 21, vous savez ce grand succès diplomatique qui exige la diminution des émissions de gaz à effet de serre.

Le pont devrait se planter au milieu d’un écrin de verdure ; classé patrimoine mondial de l’UNESCO et Natura 2000 pour la richesse de sa faune et de sa flore. Si vous voulez observer un ballet aérien sans le rugissement des réacteurs d’avion, asseyez-vous sur la berge : la zone est survolée par 150 espèces d’oiseaux. Le balbuzard pêcheur, les sternes, le martin pêcheur, les hirondelles de rivages qui creusent leur nid dans les falaises et foncent dedans à toute vitesse au point qu’on redoute qu’elle ne s’écrase dessus. Mais non elles entrent dans leur nid sans dommage et nourrissent les petits. Les libellules, les espèces végétales, bref… c’est un joyau.

Ce pont ne serait pas sans danger sur le milieu fluvial.

Et notamment sur la rivière Loiret qui coule un peu plus loin, elle est alimentée par la Loire : le fleuve circule sur des bancs de calcaire. Quand le sable se déplace, il peut les faire craquer. On appelle ça des bimes. Un trou qui avale l’eau et le nageur si par malheur il a enfreint l’interdiction de baignade. Ce phénomène a créé une Loire souterraine qui serpente sous la Loire. Elle alimente la rivière Loiret. La construction des piliers d’un pont dans le lit de la Loire risque de compromettre cette alimentation.

Ce pourrait être la naissance d’une nouvelle zone à défendre.

Une ZAD. Au nom de la défense de la biodiversité et de l’inutilité du projet.

L’enquête publique doit démarrer à la fin du mois. « Le rapport de 600 pages n’a toujours pas été communiqué aux habitants » regrette Jean Salomon de l’association [« La Loire Vivra »]( http://www.loire-et-biodiversite.com/).

Il ne se voit pas jouer les Zadistes, « je suis très respectueux des procédures » dit-il.

Il ne se voit pas imiter cette forme d’opposition qui existe à Notre Dame des Landes, Sivens, Roybon. Là un aéroport, là un barrage, là un complexe touristique… Mais si les bulldozers envisagent de s’attaquer au plus long fleuve sauvage de France, il se battra. Pour défendre et célébrer avec l’écrivain Maurice Genevoix, Prix Goncourt en 1925, la beauté de ce lieu. Maurice Genevoix a raconté comment il a rencontré sa maison sur la Loire située à quelques kilomètres de ce projet de pont qu’à l’époque il ne pouvait pas imaginer. Il écrit pourquoi il a décidé de poser ses papiers et sa plume devant la Loire.

« Le monde est là, qui va sa vie : l'eau qui glisse, le nuage qui s'y reflète, les vols de migrateurs dans le haut vent des équinoxes. »

Le monde est là ! Serait-il possible de ne pas tout engluer sous le béton et le bitume ?

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Loire © JM Salomon /

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