40 jours, autant d'occasions de (re)découvrir et de (re)voir, grâce à la plateforme de VOD UniverCiné, des films labellisés "Film Inter" en leur temps.

Arnaud Desplechin
Arnaud Desplechin © Bac Film

Une voix off, celle du cinéaste Arnaud Desplechin lui-même,  puis le célèbre "Moon River" sur les images du boulevard Saint Germain à Paris et d’une délicieuse  boutique d’affiches de collection dans laquelle Emmanuelle Devos s’apprête à acheter une gravure représentant Leda que le cinéaste vient d’évoquer. Ainsi commence Rois et reine réalisé par Arnaud Desplechin, film Inter en 2004.

Emmanuelle Devos, c’est donc Nora qui après un veuvage et une séparation s’apprête à se remarier. Et face à elle, il y a Ismaël, alias Mathieu Amalric, son ancien amant à qui elle veut à tout prix faire adopter son fils de dix ans, Elias. Desplechin se régale manifestement de multiplier les jeux de piste familiaux incertains et improbables. C’est peut-être à ce jour son film le plus drôle et le plus libre. A l’instar de cette fabuleuse scène où Catherine Deneuve dans le rôle d’une psy accueille à l’hôpital un Amalric littéralement déchaîné.

Oui, la parole se libère  tout au long d’un film où la vie la plus trépidante côtoie sans cesse la mort, qu’il s’agisse de celle d’un père ou d’une amante. D’une certaine manière, Desplechin envoie balader une partie de l’incroyable maîtrise technique dont il avait fait preuve dans ses quatre films précédents dont Comment je me suis disputé (... Ma vie sexuelle). Pour mieux s’ébattre en liberté dans la grande intelligence qu’il a des comportements humains. 

Incontestable chef de file d’une Nouvelle Nouvelle Vague française, il fait ici se rencontrer Truffaut, Chaplin et Bergman, tout en imposant sa propre marque, celle d ‘un refus absolu de se laisser enfermer dans une tonalité unique. Amalric peut tomber droit comme un i dans la rue en digne héritier de Keaton puis plus tard délivrer à Elias un impeccable discours sur la paternité. Ainsi va Rois et reine pour notre plus grand plaisir de spectateurs émerveillés, entre ruptures de ton, bouffonneries joyeuses et tristesses nécessaires. 

En bon Truffaldien qu’il est, Desplechin sait bien que l’amour fait mal et que c’est tout à la fois une joie et une souffrance. Cerise sur ce gâteau analytique délectable, et comme toujours chez ce cinéaste mélomane, la BO émerveille par son éclectisme. On se quittera donc avec la musique du mariage de Nora, une chanson intitulée Changing of the Guard par The Style Council, le groupe de Paul Weller. 

  • Rois et reine d'Arnaud Desplechin, à voir sur UniversCiné
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