Le réalisateur britannique, Ken Loach, est un habitué de la Croisette ou il a déjà triomphé deux fois, notamment en 2016 avec ce film social, genre dont il est passé maître : "Moi, Daniel Blake"

Ken Loach sur le tournage de "Moi, Daniel Blake"
Ken Loach sur le tournage de "Moi, Daniel Blake" © Le Pacte

Un dialogue sur fond noir tandis que le générique de début défile avec ses différents crédits. Pas d’images à proprement parler, juste les voix d’une femme qui pose des questions et d’un homme qui tente de lui répondre. Le début de Moi, Daniel Blake, écrit par Paul Laverty et réalisé par Ken Loach va immédiatement à l’essentiel, à l’image du film qui s’ensuit.

À 59 ans, Daniel Blake, vit à Newcastle au Royaume Uni. Veuf et menuisier de son état, il ne peut plus travailler en raison de problèmes cardiaques et doit se tourner pour la première fois de sa vie vers l’Aide sociale. La médecine du travail le déclare pourtant apte et lui refuse toute indemnité. En attendant de pouvoir faire appel de cette décision qu’il récuse absolument, il est contraint de s’inscrire comme demandeur d’emploi, contre son gré. Ainsi commence le véritable chemin de croix décrit par Ken Loach dans ce film qui s’est vu, en 2016, décerner la Palme d’Or par un jury présidé par le cinéaste américain, George Miller. Le parcours de Daniel Blake est d’autant plus semé d’embûches qu’il a la mauvaise idée de vouloir aider une jeune mère célibataire au chômage face à des agents en forme de robots administratifs implacables. Ce héros malgré lui finit par prendre à témoin la rue en taguant une supplique écrite qui commence par "Moi, Daniel Blake" sur le mur du tribunal.

Dave Johns
Dave Johns / 2016 PROKINO Filmverleih GmbH

Autant d’actions et de comportements qui le mettent en porte à faux et font de lui un élément perturbateur aux yeux de la puissance administrative. Sans rien révéler du destin de ce personnage aux allures de porte-voix populaire, on dira simplement que Ken Loach l’inscrit clairement dans le pessimisme social qui est le sien depuis que le néo-libéralisme réglemente la vie économique anglaise. D’entrée de jeu, on sait Daniel Blake gravement malade, d’entrée de jeu, ce qui est ici en cause, c’est le poids déterminant de règles sociales qui visent à éliminer du système celles et ceux qui ne lui servent plus. 

De film en film, le cinéaste et militant, Ken Loach, pose sur son pays un regard de plus en plus acéré. Tout en assumant la dimension mélodramatique d’un scénario qui joue évidemment sur l’empathie immédiate des spectateurs pour ce petit homme ordinaire qui ne fait, au fond, que réclamer ce à quoi il a droit dans son état. La machine à broyer qu’il décrit ici fait absolument froid dans le dos, par l’effet conjugué de son inhumanité et de son absence totale de scrupule. Complice habituel des films de Ken Loach, George Fenton signe la belle BO de Moi, Daniel Blake.

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