Ce film documentaire inclassable de la cinéaste, Agnès Varda et de l’artiste contemporain, JR, est une vraie rencontre artistique ! Les deux auteurs décident de parcourir la France des campagnes à bord du camion photographique de JR, qui permet d'imprimer immédiatement et en très grand format.

En 2017, le film "Visages Villages" a été présenté au Festival de Cannes en sélection officielle et hors compétition
En 2017, le film "Visages Villages" a été présenté au Festival de Cannes en sélection officielle et hors compétition © AFP / Valéry Hache

Voici dans Plateau Ciné, notre émission sur le cinéma, Visages Villages, le film qu’ont co-écrit et co-réalisé ensemble en 2017, Agnès Varda et JR. D’un côté Agnès Varda, cinéaste et plus encore, dont le regard malicieux nous manque désormais tant. Et face à elle, JR, l’artiste de rue, célèbre pour ses collages photographiques grandeur nature, sur des monuments notamment. Plus de cinquante ans les séparent et pourtant beaucoup de choses semblent les rassembler. 

Avec, au premier plan peut-être, une infatigable curiosité, une envie de prendre la route pour aller à la découverte des autres. C’est ainsi que commence leur road movie à travers la France, loin des centres urbains trop balisés par JR et que connaît mieux Agnès Varda. Une France des routes secondaires et des villages, à la recherche de souvenirs perdus ou non. Ici, JR présente à Varda, sa grand-mère centenaire, puis les dockers du Havre qui avaient activement participé à l’une de ses installations passées. Ailleurs, en plein cœur du Luberon, Agnès Varda tient à montrer à JR la tombe d’un géant de la photographie, Henri Cartier-Bresson, qui repose dans un minuscule cimetière champêtre. 

Tandis que tout au long de ce périple, la cinéaste veut faire enlever ses lunettes noires à JR (!), les deux artistes entreprennent de mettre en place des compositions éphémères. Traces de leur passage commun sur une plage, par exemple, les murs illustrés d’un bunker ensablé que la marée montante se chargera de recouvrir et de faire disparaître. Ce qui frappe, c’est l’extrême liberté de ces deux créateurs qui n’hésitent pas à rejouer au Louvre une scène célèbre de Bande à Part de Jean-Luc Godard. 

Ensemble, ils s’amusent et nous amusent avec eux ! Mais ce qui n’aurait pu être qu’un divertissement devient au fil des kilomètres parcourus le récit d’une rencontre artistique qui fonctionne à merveille. Chacun stimule l’autre sans surenchère inutile, mais avec l’idée que leurs regards singuliers s’additionnent pour le plus grand profit de leurs spectateurs. 

Varda JR, c’est l’assurance d’une créativité qui fait feu de tout bois et d’une attention extrême portée à l’autre, ici un facteur, là des ouvrières : chacune et chacun mérite leur regard. À l’instar des voyages de Raymond Depardon en France, celui des deux protagonistes de Visages Villages s’avère particulièrement fécond. Aux gestes photographiques proprement dit s’ajoutent des portraits sociaux qui sans y toucher ont une valeur véritablement sociologique

Et puis, à intervalles réguliers, au cours de ce beau voyage, l’une chante et l’autre pas : c’est la voix de Varda qui nous accompagne ainsi. (L’une chante et l’autre pas est le titre d’un des films d’Agnès Varda, ndlr)

Visages Villages, d’Agnès Varda et JR, est un film français à voir sur la plateforme de notre partenaire Universcine.com

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