Lundi dernier nous étions au Japon avec Kitano, l’enfant terrible du cinéma nippon, aujourd’hui c’est avec Kore-eda, l’enfant désormais chéri chez lui et dans le monde entier.

Kiki Kirin
Kiki Kirin © Pyramide Distribution

C’est en 2009 qu’est sorti en France Still Walking qui s'ouvre sur une scène dans laquelle on apprend à cuisiner les gros radis blancs avec des carottes et de l’huile de sésame. C’est une grand-mère qui nous livre ainsi son savoir-faire au sein d’une cuisine domestique, juste avant le repas familial, le repas du souvenir, pour célébrer la mémoire d’un fils disparu quinze ans auparavant.

C’est sans enthousiasme que l’autre fils, Ryota, y assiste, alors qu’il vient apprendre son licenciement. Comme souvent chez Kore-eda, la famille est au centre du tableau. Chacun ici se détermine par rapport à la figure du disparu toujours absente à l’écran mais présente à travers une photo ou une tombe. Le scénario se déroule sur 24 heures, un jour d’été à Yokohama et on ne peut s’empêcher de penser au cinéma du grand Ozu tant la mise en scène se met simplement au service des personnages et de leurs histoires individuelles. Le tragique y côtoie le prosaïque, ce dernier étant véhiculé, comme souvent dans le cinéma asiatique, par l’importance de la nourriture et de la cuisine. Ainsi cette scène où la grand-mère, toujours elle, montre à sa petite-fille comme on fait frire des beignets de maïs.

Mais ce moment gourmand c’est aussi une façon de dire qu’il s’agissait du plat préféré du cher disparu. Ainsi va le film de Kore-eda : de la mélancolie du deuil et de la perte jusqu’aux délices bien présents d’un plat nostalgique. Ce passé qui ne passe pas vraiment, les membres de la famille de Ryota ne l’affrontent jamais frontalement, pas plus que les blessures intimes, les ressentiments et les objets de discorde cachés. Tout se dit malgré tout mais allusivement, sans y toucher, sans vouloir blesser inutilement. On s’aime mais on se le dit si peu et si mal. Et parfois même trop tard. Si le cinéma si japonais de Kore-eda qui a obtenu la Palme d’Or en 2018 pour Une affaire de famille, nous touche tant c’est parce qu’un peu d’universalisme éloigne de l’intime, beaucoup y ramène. La grand-mère n’est pas seulement un fin cordon bleu, elle adore également les chansons des années 70 qu’elle collectionne et elle fait ainsi écouter aux siens durant un repas Blue Light Yokohama chanté par Ayumi Ishida. 

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