En 2018, le cinéaste français, Jacques Audiard, faisait le pari avec son complice en écriture, Thomas Bidegain, de se mettre dans les traces du western, un genre américain par excellence. Ainsi naît "Les Frères Sisters », adapté d’un roman du canadien, Patrick DeWitt. À (re)voir en cet été 2020 !

Sur le tapis rouge du Festival de Cannes 2019, où le film reçut 4 prix et 5 nominations,  voici de gauche à droite, John C. Reilly, Jacques Audiard, Joaquin Phoenix et Thomas Bidegain
Sur le tapis rouge du Festival de Cannes 2019, où le film reçut 4 prix et 5 nominations, voici de gauche à droite, John C. Reilly, Jacques Audiard, Joaquin Phoenix et Thomas Bidegain © Getty / François G.Durand / Collection WireImage

Tous les westerns ne commencent pas par des coups de revolver et des apostrophes viriles, mais certains le font, juste pour annoncer la couleur. Ainsi commence donc Les Frères Sisters, un film France Inter, que vous pouvez voir ou revoir sur le site VOD de notre partenaire Universciné.com

Le film est l’adaptation du roman éponyme, publié par l’écrivain canadien Patrick DeWitt en 2011. On y suit les tribulations d’Eli et Charles Sisters, (Joaquin Phoenix et John C.Reilly, tous deux remarquables), redoutable tandem de tueurs professionnels aux tempéraments radicalement opposés mais d'égale (et sinistre) réputation. Tout leur arrive à ces deux-là, y compris d’être capturés et de frôler la mort ! 

Jacques Audiard ne triche pas avec le genre, bien au contraire, il respecte les codes, les paysages, les lieux, comme le saloon ou bien encore les longues conversations devant un feu de camp, à côté des chevaux fourbus qui se reposent. Respectueux jusqu’au bout, il réserve aux personnages féminins la traditionnelle portion congrue chère à nombre de westerns, au point même de viriliser la seule femme de cette histoire. 

Il rejoint ainsi son propre univers où depuis le départ on « regarde les hommes tomber » (titre de l’un de ses films, ndlr) en l’absence ou presque des femmes. Chez Audiard, il y a d’abord des pères et des fils, des questions de filiation et de paternité, et des histoires de transmission. 

Et voilà comment on passe très habilement d’un film de genre conventionnel à ce qui est peut-être l’un des films les plus personnels de son auteur. Jusqu’à cette ultime dédicace dans le générique de fin au frère disparu, deuil familial dont la blessure ne saurait se refermer. 

Le film devient alors ce qu’il est vraiment un long cauchemar métaphysique, bien plus proche des peurs primaires de La Nuit du Chasseur, que de Il était une fois dans l’Ouest.

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Dans ce voyage au pays de l’extrême virilité, Jacques Audiard ne délaisse jamais le cinématographe et ses qualités stylistiques. Ni western à l’ancienne, ni western moderne, Les Frères Sisters impose sa singularité et se place étrangement au centre de la filmographie de son auteur. Comme s’il lui avait fallu passer par Oregon City en 1851 pour parler de lui comme jamais. 

Complice de toujours de la première heure du cinéma de Jacques Audiard, c’est Alexandre Desplat qui en signe la musique originale.

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