France Inter accompagne régulièrement la sortie des films du réalisateur chinois. Celui-ci, qui fut primé à Cannes ne fait pas exception.

Wu Jiang
Wu Jiang © Rapid Eye Movies

Juste avant la scène initiale, il y aura eu la vision étrange et belle d’un camion dont la cargaison entière de rutilantes pommes rouges jonche la chaussée. C’est sur cette même route qu’un jeune motocycliste se fait arrêter par trois malfrats qui entendent bien le braquer. Mais la victime potentielle sort un gros calibre de sa veste et tue chacun de ses assaillants avant de reprendre sa route. Fin de partie mouvementée et début du film A Touch of Sin écrit et réalisé par Jia Zhang-ke, soit peut-être le cinéaste chinois le plus talentueux de ce début de siècle. Ce film vous pouvez le voir et le revoir sur la plateforme de notre partenaire Universcine.com

Cette violence originelle demeurera omniprésente, comme elle l’est manifestement aux yeux du cinéaste dans son pays actuellement. Quatre épisodes inspirés de faits divers plus ou moins sanglants servent de fil conducteur à ce film de fiction très bien documenté comme l’on dit. Jia Zhang-ke dresse ainsi la cartographie d’une cruauté qui semble gangrener la Chine contemporaine. Le meurtre et le suicide sont le point commun de ces histoires autonomes  qui se déroulent au sein d’un pays où l’extrême modernité côtoie les traditions les plus anciennes, comme vient le rappeler à un moment donné ce théâtre de rue populaire sur les tréteaux duquel se joue un opéra chinois aux intonations millénaires.

Pendant ce temps, l’enrichissement excessif, la corruption, le harcèlement sexuel et le désespoir existentiel, entre autres, sont le lot commun des protagonistes du film qui affiche un pessimisme à toute épreuve. Déracinés, paumés, sans ancrage, ils sillonnent leur pays en moto, à pied, en voiture ou en train. L’occasion pour le cinéaste de multiplier les paysages et les régions les plus diverses afin de montrer l’étendue de cette violence intérieure. Seuls quelques plans récurrents d’un feuillage bien vert, symbole d’un Eden ou d’un paradis à reconquérir, viennent contrebalancer la terrible grisaille de cette Chine malade d’un boom économique qui creuse les inégalités et dynamite le paysage social. Pour que nous puissions accepter de voir ces terribles vérités en face, il faut toute la force de la puissance narrative et visuelle du cinéma de Jia Zhang-ke qui parvient à nous captiver comme le ferait un conteur traditionnel. Jusqu’au générique de fin et sa composition musicale qui mélange sons d’hier et d’aujourd’hui. 

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