C'est une tradition, France Inter soutient chaque année la Palme d'Or du festival de Cannes. En 2013, le prix tant convoité est revenu à un cinéaste turc

Winter Sleep
Winter Sleep © Nuri Bilge Ceylan

"Palme d’Or au Festival de Cannes", cette mention, c’est la toute première  image du générique et ce n’est pas rien évidemment. Puis un homme se promène dans des subîmes paysages naturels avant de rejoindre des maisons troglodytes. Et le premier dialogue que nous venons d’entendre est en langue turque.

On y apprend que le promeneur matinal est le propriétaire de l’hôtel et son interlocuteur un client qui attend son petit-déjeuner. Ainsi commence Winter Sleep le film écrit et réalisé par le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan légitimement couronné par la suprême récompense cannoise. Vous pouvez voir et revoir ce film Inter sur la plateforme VOD de notre partenaire Universciné.com. 

Ancien comédien à la retraite, Aydin a hérité de cet hôtel pas comme les autres en Anatolie. Il y vit avec sa sœur Necla et sa femme Nihal.  C’est un événement somme toute anodin qui va dérégler la routine quotidienne de cet homme. Un jeune garçon, fils de locataires en difficulté financière, lance une pierre sur la vitre de al voiture du riche hôtelier. Les choses pourraient en rester là ou presque, mais c’est pour Aydin le début d’une lente et profonde remise en question existentielle.  Cet hôtel aussi splendide  qu’isolé quand la neige le recouvre entièrement est comme un condensé du monde. Par la force des choses on y parle plusieurs langues et on peut y nouer en anglais un dialogue avec un touriste japonais sur les mérites comparés du wasabi.

Mais cette Tour de Babel est quelque peu trompeuse. Aydin sent qu’il faut plonger en lui-même pour affronter ses démons intérieurs et remettre en question les rapports hypocrites et superficiels qu’il entretient la plupart du temps avec son entourage.  Persuadé jusque-là que sa maturité le mettait à l’abri de tout questionnement, le comédien-hôtelier n’en finit pas de revisiter sa vie passée et présente.  

Oui, il y incontestablement de la « Cerisaie » dans cet immense domaine troglodyte fascinant où grâce à d’immenses baies vitrées le dehors n’arrête pas de s’inviter au dedans. Oui, l’héritage tchékhovien flotte dans l’air de Winter Sleep. Les joutes verbales au coin du feu qui ponctuent le film en accentuent la mélancolie générale comme si les paroles ne pouvaient à elles seules restituer la complexité des sentiments et des introspections. Choix musical parfaitement cohérent le déchirant Andantino de la sonate pour piano en La majeur de Schubert rythme le film régulièrement jusqu’au générique de fin. 

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